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Magic Markers + Black Forest / Black Sea + Fursaxa + Phil Minton + Antilles + Black Egg

: @ Générale - 17/12/2006



Notre compte rendu

> NB : Avant toute chose, ouvrez la page de Radio WNE pour écouter les six concerts en même temps que vous lirez le report. Le son plus les images, si c’est pas royal, hein ?

A La Générale ce jour-là il y avait beaucoup de monde, venus en curieux pour la musique, mais aussi l’attrait particulier de ce lieu : la salle est une sorte de grand entrepôt brut, bétonné de gris; il y règne une atmosphère de nomadisme et l’odeur cérébrale des squats d’artistes. Les quatre étages de ce bâtiment de 1903 ont en effet été investis en février 2005 par un collectif d’une centaine d’artistes, qui ont installé petit à petit salles de répétitions, plateaux de théâtre, ateliers de peinture et de sculpture, espaces d’exposition, studio et laboratoires photos, etc. Longtemps menacés d’expulsion, ces joyeux trublions ont fini par obtenir gain de cause lorsque, en octobre dernier, le Ministère de la Culture s’est engagé à trouver une solution de relocation. Tant mieux ! Mais quel dommage de quitter ces lieux, alors même que les associations commencent à construire une histoire avec les habitants du quartier, et que le bâtiment semble se réveiller ! (pétition à signer ici, si vous vous en sentez l’inspiration !)

Nos groupes n’étaient pas endormis, non plus. Le premier à se présenter est Black Forest/ Black Sea (BF/BS pour les intimes), duo américain formé d’un guitariste et d’une violoncelliste. La demoiselle, en jupe à fleurs, bottes en caoutchouc et panoplie d’hiver (gants, écharpe)- à l’instar de son compagnon-, entame de lancinants allers-retours sur les cordes de son instrument (le morceau s’intitule Sébastopol, sur leur album éponyme de 2003). A ses côtés, l’homme, un barbu emmitouflé, bidouille une petite guitare-banjo électrifiée. Les balancements sont alors transformés sur le deuxième morceau en énergie tendue, cumulus nerveux et chargé d’enzymes. La voix de Miriam Goldbe s’élève, aérienne mais grave, voix de lendemains de guerre, triste et solennelle, fragile et forte. Enfin le concert se terminera par une ballade folk, Fish no Fish, (sur Forcefields and Constellations), aussi aquatique que ses paroles.
Tara Burke, alias Fursaxa, est aussi passée un temps par Last Visible Dogs, le label de Providence (capitale du Rhode Island, Etats-Unis). Mais ce n’est pas le seul point commun : elle est aussi habillée de la quasi semblable panoplie que ses confrères BF/BS. Une connivence géographique, vestimentaire (voulue par l’organisateur ? le groupe ? ou simple hasard dû aux proximités culturelles ?) mais aussi musicale (le banjo est là !). Cette petite brunette, avec ses nattes et son bonnet vissé sur la tête, lance sa voix sur scène, tout en se samplant à la guitare. Ouch, quelle voix ! Quelque part entre folk et chant religieux, entre Dead Can Dance et Devendra Banhart. Une voix de sirène, qui s’épanouit parfaitement sur ces vagues lysergiques de samples. Clochettes et clavier sont tour à tour samplés sur les morceaux qui suivent (selon la technique étonnante du « clavier scotché » [!], où des touches de clavier sont scotchées ensemble de telle façon qu’elles restent enfoncées) ; les notes oscillent comme une sinusoïde dans l’air. On en reste tout ébaudis, tellement cette Lisa Gerrard des grands nord entortille nos oreilles de beauté, le tout avec trois bouts de ficelles.
Arrive Black Egg, troisième groupe américain (sur quatre présents ce soir-là), et auquel, autant être franche, on aura presque rien vu, si ce n’est le morceau de fin (hé hé, retrouvailles oblige !). Une mine bruitiste de guitares saturées, ca avait l’air pourtant pas mal ! Bon ben, pour vous rattraper vous avez quand même Radio WNE, et leur page Myspace, où un titre, Koolaid Wine, est disponible.
Clément avec nos oreilles, Ali_Fib nous aura aménagé un changement de genre avant le prochain concert noise. Interlude de poésie sonore, avec Phil Minton. Si vous ne connaissez pas la poésie sonore, sachez qu’elle est souvent caractérisée, comme chez Henri Chopin (un de ses plus grands représentants) par des onomatopées, cris, bruits, et autres sons produits par un seul et unique instruments humain : le corps, plus précisément la bouche. Celle de Phil Minton est impressionnante : on y entend mille et une choses, tant et si bien qu’il serait impossible d’écrire sous le fil de la plume toutes les associations d’idées et images qu’elle évoque : l’agonie ; un rire qui ne parvient pas à sortir ; un ballon de baudruche qui se dégonfle, les souffrances d’un tuberculeux, tour à tour pestiféré, enragé, endiablé, empâté ; des reniflements, soulagements, éternuements ; un soupir, un râle, un suffoquement, la prière du bonze, celle du rabbin, le souffle du sumo ; les jérémiades d’un grand-père ; le métal ; une bande magnétique qui passe à l’envers ; les échauffements d’un chanteur de blues ; un castra ; un vocoder ; le grésillement d’une radio ; les pleurs, l’orgasme, la naissance…
Suivent nos faux-caribéens mais vrais frenchies d’Antilles, un groupe encore inconnu jusque là. Certes, il y a encore pas mal de boulot à accomplir avant que la chose ne soit vraiment audible et finie. On dirait un laboratoire de savants fous. Sur scène un homme travaille sa guitare avec une pédale, un autre tape sur une batterie arrangée d’un couvercle de fer et d’une conque, un troisième, au premier plan, trifouille comme un chirurgien une autre guitare, sur une table celle-là. Il frappe, détourne et tente d’en exorciser les cordes avec sa baguette magique de sorcier vaudou, tandis qu’à côté, une sorte de mini-batterie qui ressemble à un chauffe-plat (que quelqu’un m’éclaire sur la nature de cette instrument SVP !) subit divers coups de cloche, de mains, de ferraille. L’ensemble produit beaucoup de chaos, sans l’étoile qui danse, pourrait-on dire, pour paraphraser Nietzsche. Reste à savoir ce que le groupe donnerait une fois produit et bien produit : pour l’instant, à la réécoute, c’est quand même un peu le bordel.
Viennent pour finir les tants attendus Magic Markers, duo de deux ados, sages à l’extérieur, punk et noise à l’intérieur. La miss Elisa Ambrogio, à la guitare, porte tailleur écossais et pull bleue. Elle s’est adjoint pas moins de quatre pédales, et utilise son engin de façon tout à fait originale, en tapant dessus comme sur une batterie, avec force patte de poulet, baguette de xylophone, et bouts de métal, produisant une ligne rythmique habituellement dévolue à la basse. Le batteur effectue quant à lui des allées et venues entre ses grosses caisses et un vieux magnétophone. L’ensemble, proche des Sonic Youth si l’on voulait faire une comparaison, est bruitiste, radical, étonnant de maturité.
Ah ben voilà, c’est fini, sniff, alors le prochain Ali_Fib c’est pour quand ? A pu qu’à regarder en d’ssous. Si vous voyez une damoiselle en train de prendre des notes, ayez pitié d’elle, hein, c’est pas d’la tarte dans le noir…


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Maxime Guitton, 29 ans, est Ali_fib, prête-nom qu'il emploie pour programmer à lui tout seul de la musique de grande qualité, défrichée avec originalité et curiosité. C'est aussi le surnom de l'épouse de Robert Wyatt, la plasticienne argentine Alfreda Benge, et le quatrième morceau de l'album Rock Bottom, un morceau lent et psychédélique... Les artistes Ali_fib sont quant à eux programmés dans les hauts-lieux de l'avant-garde parisienne que sont les Instants Chavirés, la galerie En Marge, Confluences et… La Générale, où nous avons rencontré Maxime ce dimanche 17 décembre. Etaient invités pas moins de six groupes, pour la dérisoire somme de 6 euros. Vous l'aurez peut-être deviné : notre programmateur ne gagne pas un sou pour tout ça, mais se nourrit en passionné du contact avec les artistes. A côté, Maxime Guitton est chargé de la gestion des dépenses d'investissement du ministère de la Culture. Qui donc a dit que le Ministère ne comportait que des gens empoussiérés ? La preuve en 5 questions…

Est-ce que tu peux présenter Ali_fib ?

Ali_fib est une entité qui a eu deux vies. Les premiers concerts que j'ai organisés sous ce nom-là ont eu lieu au printemps 2004, dans des genres assez différents d'aujourd'hui, des genres qui m'intéressaient davantage alors, plutôt autour des musiques électroniques avec des gens comme Anderegg, Minamo, Motion, Sogar, Sébastien Roux, Fabriquedecouleurs, Aero ou Bernhard Günter, le père d'une musique ultra-minimale, aussi appelée lowercase music. Une série de concerts avait eu lieu à Confluences, et dans différents espaces, galeries ainsi qu'au centre Georges Pompidou. Après une interruption de près de deux ans, j'ai repris la programmation en mai 2006, essentiellement à la galerie En Marge puis aux Instants chavirés, à la Miroiterie, dans des esthétiques assez variées allant de la noise au free jazz, des musiques psychédéliques et improvisées à l'avant rock ou à la pop éthérée – en janvier par exemple Damon & Naomi viennent jouer. Il y a eu encore un peu de musique laptop avec par exemple dot tape dot, Blue Baboon ou Greg Davis. L'idée principale est de faire venir des groupes et artistes qui ont rarement sinon jamais joué avant à Paris alors qu'ils ont déjà acquis une existence publique à l'étranger, et ce quelque soit le genre, ma seule "contrainte" étant que les musiques programmées me plaisent d'abord et avant tout …Voilà pour ali_fib. Pour l'instant ça continue seul mais si des gens veulent prêter main forte…Certains partenariats avec des labels sont à l'horizon, parce que l'idée c'est aussi de mettre en avant certains d'entre eux et notamment des petits labels français. Ce n'est vraiment pas pour pousser un cocorico mais en France il y a pas mal de labels défricheurs qui sortent en catimini les disques de musiciens que l'on retrouve après signés sur des labels étrangers à la réputation plutôt flatteuse. Je trouve dommage qu'on n'en parle pas plus que cela...

Tu peux citer quelques exemples ?

Ce soir il y avait un label d'Angers, Rural Faune qui depuis quelques temps déjà sort des disques à tirage très limités, faits main, d'artistes italiens, anglais, américains, français, etc. Mais également un label normand, Paha Porvari ou des structures parisiennes comme Galerie Pache, Textile bien sûr ou Cook an Egg qui est un tout nouveau label qui a organisé par ailleurs son premier concert, mardi (12 décembre, ndlr) aux Instants chavirés, avec à l'affiche My cat is an Alien et Discipline. Sinon pour 2007 il y a pas mal de concerts calés jusqu'à mars, mais je tiens un peu à me calmer côté concerts parce que ces derniers temps j'en ai fait beaucoup, jusqu'à deux fois par semaine. Et par "faire un concert", j'entends programmer un artiste, le loger, le nourrir, … Et comment en es-tu arrivé là ? Avant de programmer des concerts, je collaborais avant tout à Chronic'Art en tant que pigiste, et c'est vraiment par hasard si j'en suis arrivé là, puisque c'est pour dépanner un ami musicien, Sébastien Roux, que j'ai organisé mon premier concert. Il n'était pas plus préparé que moi pour faire ce genre de choses et j'ai juste eu la faiblesse de lui dire oui. C'est comme ça que ce sont mis en place les premiers concerts. Et j'avoue que j'ai très vite pris plus de plaisir à faire cela qu'à écrire. Dans la mesure où en programmant des artistes je peux interagir avec eux, ces mêmes musiciens sur lesquels j'aurais auparavant eu le sentiment d'écrire de manière un peu plus abstraite. Je crois que le contact humain, l'échange verbal me manquaient dans l'écriture. Et puis c'est toujours des rencontres assez incroyables, des gens qui ont des modes de vie intéressants et des expériences assez différentes de la mienne.

Comment choisis-tu les groupes, et comment dessines-tu la cohérence de ta programmation ?

Un "plateau" d'artistes entièrement homogène m'horripilerait, et je pense que tout le monde s'emmerderait. Par exemple ce soir c'était donc totalement volontaire que Phil Minton (un artiste qui fait, en résumé, de la poésie sonore, à la manière d'un Henri Chopin ou d'un François Dufresne, ndlr) joue entre deux groupes issus de la scène noise de même que c'était un choix délibéré que l'après-midi commence avec deux concerts plus calmes et maîtrisés avec Fursaxa et Black Forest/ Black Sea. Je tiens beaucoup à la cohérence des "plateaux", à l'idée du filigrane : il ne s'agit pas de jouer sur les contrastes chaud/froid, blanc/noir de manière bête et méchante, cela serait trop facile et téléphoné. Mais d'essayer de trouver des panachages, des nuances, provoquer des rencontres qui font sens mais qui surprennent et de faire avancer une soirée le long d'un fil invisible, comme avec ces six groupes. Pour ce qui est après de savoir comment je contacte tous ces musiciens, cela dépend vraiment. Soit les groupes me contactent par ouï-dire, par des amis d'amis, par recommandations, soit je viens à eux parce que je suis désireux depuis longtemps de leur parler et de les faire venir. Ce soir par exemple une partie des musiciens avait sollicité mon aide tandis que j'avais prié l'autre de venir, comme Phil Minton qui m'a fait l'honneur d'accepter de jouer. Mais une fois que les concerts se sont enchaînés j'ai vite été débordé, et les groupes sont plus souvent venus à moi. Si bien qu'aujourd'hui, à mon grand regret, je passe plus mon temps à dire "non" …

Et au début comment as-tu fait ?

Les premiers musiciens que j'ai fait jouer étaient des connaissances, sinon des copains, que je m'étais faits via les piges, c'est-à-dire des gens sur lesquels j'avais écrits et avec lesquels j'avais fini par sympathiser. C'est peut-être un tort et c'est d'ailleurs aussi l'une des raisons pour lesquelles j'ai mis temporairement entre parenthèses mes activités de pigiste : faire un travail de promotion et de critique sont deux métiers radicalement différents, du moins c'est ainsi que je le conçois.


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Programmation Ali_fib : 17 janv. 2007, 20:00 Damon & Naomi à la Galerie En Marge, Paris 24 janv. 2007, 20:00 Birchville Cat Motel - Jack Rose - Ignatz - Silvester Anfang aux Instants Chavirés, Paris 10 févr. 2007, 20:00 L'Autopsie A Révélé Que La Cause De La Mort Etait Due A L'Autopsie au tba, Paris 9 mars 2007, 21:00 Winter Family à l'Eglise Sainte-Elisabeth de Hongrie



par Ether
le 03/01/2007

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