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Ali_Fib

: Édition 2006



Notre compte rendu

> NB : Avant toute chose, ouvrez la page de Radio WNE pour écouter les six concerts en même temps que vous lirez le report. Le son plus les images, si c’est pas royal, hein ?

A La Générale ce jour-là il y avait beaucoup de monde, venu en curieux pour la musique, mais aussi l’attrait particulier de ce lieu : la salle est une sorte de grand entrepôt brut, bétonné de gris. Il y règne une atmosphère de nomadisme parfumée par l’odeur cérébrale des squats d’artistes. Les quatre étages de ce bâtiment de 1903 ont en effet été investis en février 2005 par un collectif d’une centaine d’artistes, qui ont installé petit à petit salles de répétitions, plateaux de théâtre, ateliers de peinture et de sculpture, espaces d’exposition, studio et laboratoires photos, etc. Longtemps menacés d’expulsion, ces joyeux trublions ont fini par obtenir gain de cause lorsque, en octobre dernier, le Ministère de la Culture s’est engagé à trouver une solution de relocation. Tant mieux ! Mais quel dommage de quitter ces lieux, alors même que les associations commencent à construire une histoire avec les habitants du quartier, et que le bâtiment semble se réveiller ! (pétition à signer ici, si vous vous en sentez l’inspiration !)

Nos groupes n’étaient pas endormis, non plus. Le premier à se présenter est Black Forest/ Black Sea (BF/BS pour les intimes), duo américain formé d’un guitariste et d’une violoncelliste. La demoiselle, en jupe à fleurs, bottes en caoutchouc et panoplie d’hiver (gants, écharpe)- à l’instar de son compagnon-, entame de lancinants allers-retours sur les cordes de son instrument (le morceau s’intitule Sébastopol, sur leur album éponyme de 2003). A ses côtés, l’homme, un barbu emmitouflé, bidouille une petite guitare-banjo électrifiée. Les balancements sont alors transformés sur le deuxième morceau en énergie tendue, cumulus nerveux et chargé d’enzymes. La voix de Miriam Goldbe s’élève, aérienne mais grave, voix de lendemains de guerre, triste et solennelle, fragile et forte. Enfin le concert se terminera par une ballade folk, Fish no Fish, (sur Forcefields and Constellations), aussi aquatique que ses paroles.

Tara Burke, alias Fursaxa, est aussi passée un temps par Last Visible Dogs, le label de Providence (capitale du Rhode Island, Etats-Unis). Mais ce n’est pas le seul point commun : elle est aussi habillée de la quasi semblable panoplie que ses confrères BF/BS. Une connivence géographique, vestimentaire (voulue par l’organisateur ? le groupe ? ou simple hasard dû aux proximités culturelles ?) mais aussi musicale (le banjo est là !). Cette petite brunette, avec ses nattes et son bonnet vissé sur la tête, lance sa voix sur scène, tout en se samplant à la guitare. Ouch, quelle voix ! Quelque part entre folk et chant religieux, entre Dead Can Dance et Devendra Banhart. Une voix de sirène, qui s’épanouit parfaitement sur ces vagues lysergiques de samples. Clochettes et clavier sont tour à tour samplés sur les morceaux qui suivent (selon la technique étonnante du « clavier scotché » [!], où des touches de clavier sont scotchées ensemble de telle façon qu’elles restent enfoncées) ; les notes oscillent comme une sinusoïde dans l’air. On en reste tout ébaudis, tellement cette Lisa Gerrard du grand Nord entortille nos oreilles de beauté, le tout avec trois bouts de ficelles.

Arrive Black Egg, troisième groupe américain (sur quatre présents ce soir-là), et auquel, autant être franche, on aura presque rien vu, si ce n’est le morceau de fin (hé hé, retrouvailles oblige !). Une mine bruitiste de guitares saturées, ca avait l’air pourtant pas mal ! Bon ben, pour vous rattraper vous avez quand même Radio WNE, et leur page Myspace, où un titre, Koolaid Wine, est disponible.

Clément avec nos oreilles, Ali_Fib nous aura aménagé un changement de genre avant le prochain concert noise. Interlude de poésie sonore, avec Phil Minton. Si vous ne connaissez pas la poésie sonore, sachez qu’elle est souvent caractérisée, comme chez Henri Chopin (un de ses plus grands représentants) par des onomatopées, cris, bruits, et autres sons produits par un seul et unique instrument humain : le corps, plus précisément la bouche. Celle de Phil Minton est impressionnante : on y entend mille et une choses, tant et si bien qu’il serait impossible d’écrire sous le fil de la plume toutes les associations d’idées et images qu’elle évoque : l’agonie ; un rire qui ne parvient pas à sortir ; un ballon de baudruche qui se dégonfle, les souffrances d’un tuberculeux, tour à tour pestiféré, enragé, endiablé, empâté ; des reniflements, soulagements, éternuements ; un soupir, un râle, un suffoquement, la prière du bonze, celle du rabbin, le souffle du sumo ; les jérémiades d’un grand-père ; le métal ; une bande magnétique qui passe à l’envers ; les échauffements d’un chanteur de blues ; un castra ; un vocoder ; le grésillement d’une radio ; les pleurs, l’orgasme, la naissance…

Suivent nos faux-caribéens mais vrais frenchies d’Antilles, un groupe encore inconnu jusque là. Certes, il y a encore pas mal de boulot à accomplir avant que la chose ne soit vraiment audible et finie. On dirait un laboratoire de savants fous. Sur scène un homme travaille sa guitare avec une pédale, un autre tape sur une batterie arrangée d’un couvercle de fer et d’une conque, un troisième, au premier plan, trifouille comme un chirurgien une autre guitare, sur une table celle-là. Il frappe, détourne et tente d’en exorciser les cordes avec sa baguette magique de sorcier vaudou, tandis qu’à côté, une sorte de mini-batterie qui ressemble à un chauffe-plat (que quelqu’un m’éclaire sur la nature de cette instrument SVP !) subit divers coups de cloche, de mains, de ferraille. L’ensemble produit beaucoup de chaos, sans l’étoile qui danse, pourrait-on dire, pour paraphraser Nietzsche. Reste à savoir ce que le groupe donnerait une fois produit et bien produit : pour l’instant, à la réécoute, c’est quand même un peu le bordel.

Viennent pour finir les tants attendus Magic Markers, duo de deux ados, sages à l’extérieur, punk et noise à l’intérieur. La miss Elisa Ambrogio, à la guitare, porte tailleur écossais et pull bleue. Elle s’est adjoint pas moins de quatre pédales, et utilise son engin de façon tout à fait originale, en tapant dessus comme sur une batterie, avec force patte de poulet, baguette de xylophone, et bouts de métal, produisant une ligne rythmique habituellement dévolue à la basse. Le batteur effectue quant à lui des allées et venues entre ses grosses caisses et un vieux magnétophone. L’ensemble, proche des Sonic Youth si l’on voulait faire une comparaison, est bruitiste, radical, étonnant de maturité.

Ah ben voilà, c’est fini, sniff, alors le prochain Ali_Fib c’est pour quand ? Si vous voyez une damoiselle en train de prendre des notes, ayez pitié d’elle, hein, c’est pas d’la tarte dans le noir…

par Ether
le 25/12/2006

Tags : | Ali_Fib

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