Profitons de cette récente ressortie en édition Deluxe pour se replonger dans un des meilleurs albums indie-rock de l'année 2024, par un jeune trio de Boston qui n'en est pourtant pas à son coup d'essai mais qui a décidé pour ce quatrième opus de donner de la consistance à ses nouvelles compositions après un début de carrière au charme lo-fi. Il y a chez
Horse Jumper of Love une filiation évidente avec tout un pan de la scène slowcore américaine des années 90, tant et si bien que l'on a parfois l'impression d'assister à un test de Rorschach du genre en traversant ce
Disaster Trick à l'énergie paradoxalement dépressive.
Associée à une écriture délicate, mélancolique sans jamais être larmoyante, la voix légèrement apathique du chanteur guitariste
Dimitri Giannopoulos fait en effet ressurgir la plupart des figures emblématiques de ce que l'on appellera plutôt le "sadcore", désignation à la sémantique finalement plus parlante pour cette musique d'une tristesse rentrée (comme on parle de "colère rentrée"). De son ouverture typiquement shoegaze
Snow Angel à sa chanson finale détraquée à la manière d'un vieux
Pavement (
Nude Descending),
Disaster Trick nous emmène sur son nuage électrique et fait défiler un paysage sonore évoquant à la fois
Duster (
Wink),
Sparklehorse (la neurasthénique
Word),
The Notwist (
Death Spiral),
Mount Eerie (
Curtain) ou encore le génial
Kill The Lights de
Lowercase lorsque le groupe sort les griffes (l'intense
Wait By The Stairs). Mais au-delà de toutes ces influences parfaitement digérée,
Horse Jumper of Love fait surtout montre d'un songwriting à l'efficacité redoutable débouchant sur quelques sommets mémorables :
Gates of Heaven rappelant quant à elle l'univers des excellents
The New Year (groupe formé par
Bubba Kadane après
Bedhead), la tubesque
Today's Iconoclast ou encore la sublime
Heavy Metal.
La partie ajoutée à l'album original pour cette deluxe edition nous offre pour sa part quelques demos et autres versions alternatives intéressantes pour découvrir la petite cuisine du groupe, mais surtout quelques morceaux magnifiques non retenus (
The Idiot dans la pure tradition slowcore, puis
Anger is an Arch et
Mansion qui musclent le jeu) qui sauront nous faire patienter jusqu'à la suite que l'on espère aussi inspirée que ce précieux
Disaster Trick.
Chroniqué par
Romain
le 01/01/2026