Ulrika Spacek est une formation londonienne que nous avions appréciée autrefois, leurs premières sorties
The Album Paranoia (2016) et
Modern English Decoration (2017) savaient en effet nous stimuler par la richesse des sonorités employées, piochant autant dans la pop psychédélique de
Deerhunter et le rock dissonant de
Sonic Youth que dans la métronomie du krautrock et la complexité rythmique du math-rock (
Freudian Slip sur le mini-album
Suggestive Listening). Bref, une vraie explosion de saveurs pour l'amateur d'indie-rock que nous étions alors (et que nous sommes encore!) mais qui déçoit de plus en plus dix ans plus tard dans ce qu'offre aujourd'hui le quintet qui, un peu comme chez les derniers albums de
Preoccupations, semble virer à une forme d'esbroufe savante camouflant sous des textures sophistiquées un manque parfois flagrant de songwriting. Ce dernier n'a certes jamais été leur fort mais était néanmoins plus présent dans les disques solos que nous a récemment livré leur chanteur
Rhys Edwards sous l'alias
Astrel K, et que l'on retrouve en toute fin d'album (la séduisante
Incomplete Symphony).
Ne soyons toutefois pas si dur puisque les chansons alambiquées de ce nouvel album fonctionnent quand même plutôt bien pour la plupart, notamment dans sa première moitié qui pourrait voir l'album rangé dans les "coups de cœur du vendeur" au rayon rock indépendant de la FNAC :
Picto et ses faux airs de
Tortoise,
I Could Just Do It ou encore la vaporeuse
Build a Box Then Break It qui rappelle à quel point le groupe réussit aisément à mêler les textures électriques et électroniques lorsqu'il est inspiré.
Ulrika Spacek aurait paraît-il connu des tensions au sein du groupe lors des sessions d'enregistrement de leurs précédent album
Compact Trauma (2023) et aurait même été au bord de la rupture,
EXPO rend peut-être compte de ce casse-tête qu'est la direction générale à prendre pour un groupe composé de cinq membres et de presque autant de têtes pensantes. En résulte un album éparpillé façon puzzle qui enchaîne les échappées (la magnifique
Showroom Poetry) et les embardées (l'étonnante
Weights & Measures) pour se donner une certaine consistance mais qui peine à convaincre pleinement tant le tout reste noyé dans des enchevêtrements faisant rarement mouche, donnant finalement à entendre un ensemble de compositions inégales ne faisant pas véritablement œuvre.
Chroniqué par
Romain
le 08/02/2026