La scène revival post-punk a toujours connu des hauts et des bas, elle laisse d'ailleurs derrière nous une année plutôt en berne pour le genre malgré quelques pépites (
Danger in Fives des américains
Wombo) et d'honorables albums de formations auparavant portées aux nues, à savoir le
Blindness des dublinois
The Murder Capital et le
Cutthroat des londoniens
Shame. Autre groupe originaire de Londres, le quatuor
Dry Cleaning était l'un de ces groupes qui sortaient du lot, directement signé chez le prestigieux label 4AD et auteur en 2021 d'un premier album qui savait se distinguer par une singularité musicale assez forte. Celle-ci était principalement issue de la dissociation entre d'une part une instrumentation savante dans la pure tradition post-punk et d'autre part le chant en retrait de
Florence Shaw dont la voix nonchalante et souvent parlée pouvait cliver voire irriter.
Quatre ans après le décevant
Stumpwork et son titre écrit avec des poils pubiens sur la pochette (un clin d'œil au
Skylarking de
XTC ?),
Dry Cleaning revient avec un album en tout point admirable une fois passé les retrouvailles avec cette voix si spéciale, une fois encore bien mise en avant par le mastering final.
Secret Love est le fruit de longues répétitions sans but lors desquelles se sont parfois détachées des idées : une ligne de basse imposante ici, un plan de guitare perçant là, et là encore une cassure rythmique du meilleur effet. Cela débouche sur onze nouvelles compositions post-punk soufflant le chaud et le froid en évoquant les débuts de
Magazine (
Hit My Head All Day) ou de
Wire (
Cruise Ship Designer) tout en s'ouvrant parfois à des ambiances subtilement synthétiques (
Secret Love (Concealed in a Drawing of a Boy)) et à des tournures pop plus entraînantes sans donner l'impression de se renier (
The Cute Things).
Il faut saluer là le jeu exemplaire de ce trio de musiciens auquel s'accole étrangement les textes inspirés de
Florence Shaw :
Tom Dowse à la guitare,
Lewis Maynard à la basse et
Nick Buxton à la batterie. Un peu comme pour les musiciens de
Protomartyr, ces trois gars ont de l'or dans les mains et donnent le relief nécessaire à des chansons toujours sur la corde raide.
Secret Love arrive quant à lui à garder une cohérence tout du long malgré la route accidentée qu'il traverse en évitant de peu quelques sorties dans le fossé, il ravive en tout cas chez nous l'intérêt pour ce groupe pas comme les autres que nous avions peut-être injustement boudé par le passé.
Chroniqué par
Romain
le 14/01/2026