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L'Ocelle Mare+Maserati+Ostinato+Breezing days band

: @ Batofar - 28/03/2007



Notre compte rendu

Ostinato est un groupe américain du label Southern Records, Maserati, un groupe américain signé sur Golden Antenna / Temporary Residence, et L'Ocelle Mare, un projet solo d'un ex membre de Cheval de frise. Le concert de ce 28 Mars au Batofar était le premier d’une série de trois constituant le festival Coco Modesto. Et pour une première, un peut dire que c’était une belle réussite.

Ostinato est une formation de post-rock exemplaire, que la sono incertaine et l’éclairage dancefloor du Batofar ont hélas un peu desservi. Le bassiste joue avec un niveau technique qui force le respect sur une Musicman fretless 5 cordes, avec une totale maitrise dans le jeu mais sans fioriture et sans excès. Il chantonne de temps en temps sur certains passages ou morceaux, mais sans martyriser les principes instrumentaux du post-rock traditionnel. La violoniste est parfaitement en place et accompagne magnifiquement le tout. Le guitariste, à l'apparence d'un ancien de Woodstock, plonge les morceaux dans une ambiance éthérée psychédélique, avec peut-être un recours trop systématique au trémolo et à la réverbération mais il connait ses peintures par coeur et colorie chaque moment du concert avec une égale facilité. Enfin, le batteur n'a rien à envier à ses partenaires. Un bel ensemble qui fonctionne bien.
On a un peu de mal à identifier ce qui fait la différence dans la musique d’Ostinato, en regard de tous les autres bons groupes de post-rock. Mais on apprécie en live le respect d'un certain classicisme lorsqu'il est servi avec talent et maîtrise, et c'est assurément l'une des caractéristiques d'Ostinato. Leur musique sait faire preuve de finesse autant que de puissance et les transitions sont soignées. Les compositions s'écartent rarement de la traditionnelle exploration sonore d'une ou deux phrases qui tournent en boucle, il y manque peut-être un petit brin de folie ou d'originalité. Le concert se terminera tout de même sur le meilleur d'eux mêmes, dans un final au dessus du lot, extatique et exploratoire, plus libéré des standards et proprement jouissif.

Maserati propose un tout autre univers pour cette tournée promotion de Inventions From The New Season, avec des versions plus ou moins libres des morceaux de ce nouvel album. Voila que les deux guitaristes s'installent seuls sur scène et commencent à faire discuter leurs instruments, dans un échange à base de boucle et d'effets. Une phrase hypnotique et claquante comme du cristal se met en place. Après plusieurs minutes de ce jeu sonore (un peu long ?) le batteur et le bassiste rejoignent la scène et soudain, on pourrait croire que c’en est fini du post-rock. Car le morceau s’éclaire brutalement d’une lumière connue, celle du rock. Avec simplicité et efficacité, Maserati pose en quelques notes quelque chose de très moderne mais d’élémentaire et implacable, une locomotive puissante qui ignore sans ambiguïté la tendance contemporaine à rechercher la créativité dans la complexité.
Pourtant, il n'y a pas de chant, et le rack d'effets du guitariste est rempli d'Electro Harmonix et de RC20, tout est nominal c'est bien de post-rock qu'il s’agit. Le groupe joue lui aussi sur la répétition des thèmes, il en maîtrise cependant bien la durée et les alternances. Stable dans le son et dans le rythme, et malgré une batterie au volume relativement constant le groupe préfère se promener sur la nuance, mené par une section rythmique infaillible qui soutient imperturbablement et sans démonstration le discours des deux guitares. Une recette simple et redoutablement efficace. La construction dialectique du groupe (rythmique/mélodique en dialogue et en opposition) trouvera sa conclusion dans la symétrie axiale appliquée au concert, puisque entamé par les deux guitaristes seuls sur scène, ces derniers s'éclipsent lors du final en laissant basse et batterie tourner en boucle sur un motif et une note, un exercice de simplicité, de régularité et d'endurance d'une grande difficulté mais à l’effet hypnotique et tribal garanti.

L'Ocelle Mare n’a que six cordes au bout de ses doigts. L'Ocelle Mare semble avoir le monde entier au bout de ses pieds.
Mieux qu'une leçon de guitare, le genre de musique qui, à l'évidence, te laisse sans voix. Tous les artifices bien réels y passent. Technique incroyable entre percussion et guitare flamenca, touche folk et double harmonica à la bouche, L'Ocelle Mare ne donne pas une leçon de guitare, c'est l'évidence, c'est mieux que ça, c'est une leçon de musique. Une leçon de solisme, hors des cadres dans lesquels il a enregistré son disque, un leçon de tapage nocture, en l'occurence, une leçon de tapage du pied, un leçon d'inventivité et de confiance en soi.
Car, c'est l'évidence, il faut avoir une foi indémontable en soi pour oser se présenter seul sur scène et ainsi, avec des formats courts, prétendre retenir l'attention. Y prétendre et y parvenir, un micro entre les pieds, un micro de studio qui le surplombe. Et puis, frotte, racle, tape, heurte, violente, caresse et la planche sous ses pieds et les planches de sa guitare. C'est moins dans le tapping que ça se joue que sur son visage. Je veux dire : moins dans la technique que dans l'intention folle de faire une musique rythmée et intelligente et sensible.
C'est de la musique qui expérimente, oui, c'est clair, c'est net, c'est audible, mais ce n'est pas de la musique expérimentale. C'est de la musique qui cherche dans l'expérimentation de nouvelles manières de faire (de) la musique. Dans des formes courtes, assurément moins des fragments que des blocs musicaux compacts, denses et énergiques, rythmant une danse qu'il est peut-être le seul à entendre. Ou plutôt qu'il est d'abord le seul à entendre, puisque, musicien-métronome, chercheur en rythmes, surexcité sur sa chaise, un sac en plastique plein de je-ne-sais-quoi à ses côtés, montrant les dents, montrant son corps soumis à une tension tout autre que celle de ses cordes, il parvient à la faire entendre et à faire tourner la tête d'un public qui en redemande.

par Francis Pierot
le 02/04/2007

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4 commentaires

par Camille (le 15/02/2008)
J'accepte les remarques. Chacun vit son festival comme il le veut. Mais défendre Boys Noize serait une réponse à une attaque, ce que je n'ai pas fait. J'ai apprécié son set, vraiment. J'ai juste trouvé ça un peu long.

par Huul (le 03/02/2008)
J'étais aux Trans et je n'ai pas vraiment adhéré à ton compte rendu. Je ne suis pas resté uniquement dans le HALL9 (contrairement à toi visiblement), donc je n'ai pas vu tous les concerts de cette salle.

CECI DIT. D'une part, le son n'est pas aussi impeccable que tu le dis (dur pour une critique musicale). Ensuite, "atmosphère industrielle" ? Je rêve ou quoi ? Un parc des expositions, une atmosphère industrielle ? Je dois rêver. Des gros hangars bien carrés, OK. Mais une ambiance industrielle, là, non.

Et puis l'ambiance des Trans n'est pas aussi extraordinaire que ça, mais bon, j'accèpte.

Pour finir, je voudrais défendre le pauvre Boize Noize. Pour une fois qu'un musicien techno est modeste scèniquement, pour laisser place à un son extrêmement clean, travaillé, recherché. Il mixe aussi bien des sons des 70's, que des sons actuels. Et puis effectivement, c'était très très dance dance dance, mais putain, faillait y aller ! Faut gigotter le popotin, pour apprécier un peu !

par Camille (le 02/01/2008)
Qd je me suis pointé sur place, le son de Don Remini et impec' pr une telle salle, non insonorisée. Pareil pr Modeselektor. Ca s'est dégradé pr (l'autre abruti) de Don Deacon... J'admets que ds d'autres halls c'était pas ça, comme pr Flying Lotus.

par bloops (le 02/01/2008)
est ce que tu peux nous expliquer en quoi le son des halls du parc expo etait impeccable?
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