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Optronica

: Édition 2007



Notre compte rendu

Le festival Optronica, ou l’union organique de la vidéo et des musiques électroniques

Un franc succès pour un festival d’avant-garde est un succès doublement mérité. L’édition 2007 d’Optronica, qui célèbre l’alliance des images et des sonorités électroniques, a réussi un sold out sur ses performances majeures, pourtant de haute voltige artistique.

Il faut dire qu’entre conférences, workshops, séances de cinéma musical et soirée club, il n’y avait pas de quoi s’ennuyer pendant ces 5 jours, où artistes confirmés et talents émergents se succédèrent. Du 14 au 18 mars se sont produits quelques uns des plus intéressants électrons libres de la scène audiovisuelle contemporaine et de la scène électro-expérimentale : Trevor Jackson, le créateur d’Output Recordings, l’autrichien Christain Fennesz en duo avec le vidéaste Charles Atlas, le réalisateur Peter Greenaway et le dj anglais Radar, ou encore les prolifiques allemands du label Kitty-Yo, Rechenzentrum.

Sans oublier Addictive TV, qui outre le fait qu’ils sont des artistes internationalement reconnus – ils ont été nommés deux fois meilleurs VJ’s du monde par DJ Magazine- sont aussi les fondateurs du festival, à côté du producteur Nick Clarke, de la BFI (British Film Industry) et de l’association Cinefeel. Avant de créer Optronica en 2005, Addictive TV produisaient la série des Mixmasters, émission qui pendant 5 ans de mix audiovisuels rassembla tard dans la soirée sur la chaîne anglaise ITV 1 des centaines d’artistes comme Miss Kittin, Ellen Allien , ou encore Matthew Dear.


(live d'Addictive TV, photo: Lisa Loco)

Mais zoomons sur deux soirées en particulier, et sur quelques artistes moins connus, qui gagneraient pourtant à l’être. Tout d’abord Optronica Lab, le vendredi au tout nouveau Théâtre national du Film (NFT) où se produisent Ultre & Flat, alias Finn et Robin Nicholas, deux frères anciennement membres de l’écurie Warp. Ils utilisent un instrument atypique, hybride d’arc et de contrebasse à une corde, qui modifie en même temps la musique et les images. Et nous servent un son noir, parfois angoissant, fait de crépitements et d’électricité, évoquant Aphex Twin.

A l’écran leur esthétique exploite le thème de l’ambiguïté et de l’ « inquiétante étrangeté » : une forme organique blanche, qui semble familière, se transforme lentement sous nos yeux, mais reste inidentifiable : impossible de dire s’il s’agit là d’un os ou d’un bloc sculpté de calcaire, ni si cette matière représente quelque chose. La forme échappe au sens et nous frappe pourtant par son réalisme. La vidéo dévoile d’autres formes de beauté : un flux de phosphènes absorbés par un corridor spatial, des sortes de spaghetti luminescents, le tout se superposant en un palimpseste d’impressions mémorielles futuristes. Le show se termine par un écran blanc, d’où émerge une sorte d’insecte numérique, évoquant les machines à écrire crustacées de William Burroughs. Une vidéo aux frontières de l’art contemporain et du vjing.

Autre curiosité de la soirée : les deux zozos de Reactable, déjà observés lors du dernier Sonar, qui ont décidés que la musique serait un jeu d’enfants…ou d’échecs, à en juger par la forme de leur instrument intuitif : une table lumineuse, sur laquelle des pièces sculptés se déplacent à la main, créant un circuit visuel et sonore sur leur passage, sorte de nouvelle syntaxe musico-spatiale. Très pédagogique. Le projet a été développé par le Music Technology Group de l’université Pompeu Fabra de Barcelone, et a reçu entre autres le concours de Bob Moog, inventeur du synthétiseur mythique du même nom.

Deuxième zoom, le lendemain lors de Big in Japan. Toujours confortablement assis dans les fauteuils du NFT on assiste en première partie à une série de films courts d’animation ou de création numérique, dans des genres très différents : certains poétiques (Chalkdust, Turn Turn), d’autres pop et vitaminés (A life trip). Distrayant sans être exceptionnel. Le plus important nous était réservé pour la deuxième partie, avec Ryoichi Kurukawa, génial autodidacte japonais, « sculpteur sonique » plutôt que simple dj doublé d’un vj. Il a joué dans des festivals d’envergure internationale comme Mutek et Sonar et a notamment collaboré avec Ryuichi Sakamoto, comparse d’Alva Noto sur le label Raster Noton .


(live de Kurokawa, photo: Arianna D'angelica)

Il a en commun avec ces deux musiciens, tout comme avec Ryoji Ikeda, un univers sonore minimal, basé sur le transfert d’énergies et sur l’illustration sonore des forces physiques et naturelles. La faune et la flore sont omniprésentes dans ces tableaux délicats, l’artiste se déclarant lui-même « plus influencé par la nature et l’architecture que par les artistes ». Mais une dynamique nerveuse et rythmique reste présente tout au long de sa musique, ce qui le rapproche parfois plus des sonorités IDM d’Autechre ou Clark .

A l’écran c’est un spectacle de toute beauté, en accord parfait avec la musique : des compositions subtiles et raffinées d’arborescences lumineuses, de voluptueuses volutes de fumée violacée, des influx d’électricité nerveuse… Ses fonds aussi sont très beaux, comme cette rouille mélangée à un turquoise nacré, qui n’est pas sans rappeler le peintre Zao Wou Ki.

Le déplacement dans la capitale londonienne vaudra certainement le coup en 2008 pour tous les habitants de l’Hexagone curieux de formes artistiques hybrides, novatrices et transgenres. En attendant il est possible d’avoir un aperçu d’Optronica en allant au festival Nemo, qui diffusera une sélection de films du festival. De quoi s’ouvrir l’appétit.

A voir : Projection Optronica le 29 avril dans le cadre du festival Nemo (25 avril>1er mai), à 17h, cinéma des Cinéastes, 7 av. de Clichy à Paris. Entrée libre.

Voir et écouter: Optronica sur Samourai FM et sur Myspace



par Ether
le 17/04/2007

Tags : | Optronica

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