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Explosions In The Sky+My Name Is Nobody

: @ Trabendo - 27/02/2007



Notre compte rendu

La salle n'est pas comble mais déjà enfumée, et on remarque à peine un gentil guitariste folk très aimable, tout timide, qui ouvre le concert en se présentant comme My Name is Nobody, de Nantes. Il a une voix magnifique, et nous envoie de belles chansons folk en anglais à la guitare, rejoint ensuite par un batteur et une pianiste. L'ensemble est extrêmement sensible, voire sensuel, mais peut-être un peu trop doux et gentil, trop posé sur des écarts de demi tons ou des accords mineurs, et surtout sur l'absence d'exploration de l'espace sonore. La batterie, le clavier et la guitare vont garder un son uniforme sur tous les morceaux, qui sont pourtant nettement différenciables et identitaires. L'on reste sur la sensation d'un univers fermé, qui pourrait pourtant flirter avec les inégalables Flotation Toy Warning si les musiciens osaient s'écarter du droit chemin et risquer les effets, les pédales, les samples, l'attirail moderne de l'artiste qui veut donner à chaque morceau un univers propre.

Malgré cette monotonie ou disons, ce classissisme folk, My Name is Nobody est une première partie de qualité, et si le public n'a pas l'air totalement convaincu c'est sans doute que le genre musical du groupe n'est pas facile pour un public habitué aux montagnes russes sonores d'Explosions in The Sky. Les compositions et le jeu des musiciens sont subtils, attentionnés, sensibles.

Après un changement de scène remarquablement rapide, Explosions in The Sky se met en place : quelques cris et applaudissements, la lumière se tamise et Munaf nous gratifie de quelques mots adorables en français.

Le départ se fait sur Greet Death, donc à l'ancienne. Etrangement le son là d'où je suis placé me semble plat, incertain. Je me déplace. Et encore. Non quoi que je fasse la réalité est incontestable : ce soir, le son d'Explosions in The Sky est plat. Un deuxième morceau ancien suit l'intro (je suis un mauvais fan : je ne connais pas beaucoup les titres) et enfin, l'inévitable et nouveau Welcome Ghosts du dernier album.

Et là, soudain, tout est sombre, récurrent, rouge. Le morceau n'est pas aussi riche que les anciens, il envoie comme une sorte de message aiguisé mais répétitif, insistant, comme une inacceptable certitude que quelque chose ne peut pas aller vers la beauté, que tout est inévitablement impossible à atteindre et que l'échec, la noirceur est logique et naturelle.

Beaucoup des morceaux qui vont suivre se joueront sans basse, que le bassiste délaisse très souvent au cours de ce concert pour un clavier, une guitare... L'ensemble, bien qu'on y perçoive une volonté d'explorer de nouveaux sons, manque de dynamique, de cohérence, de relief. C'est sans doute ma sensibilité de bassiste qui fait cela mais je pense que l'absence de basse dans leur musique est tragique. Le jeu de batterie de Chris semble pour sa part s'être réduit à deux façons de monter le volume, et il a du mal à montrer autant de richesse que par le passé. Peut-être est-il finalement simplement concentré sur l'essentiel ?

Pourtant, à ne pas s'y tromper, le groupe se donne entièrement à sa musique et à son public, comme depuis toujours. Il n'y a aucune falsification, aucune retenue. Leur être entier est fusionné avec ce qu'ils jouent. Et c'est de l'énergie et de l'émotion pures, un éclairage personnel sur une musique du corps et du cœur que peu imitent et que personne n'égale.

Il y aura vers la fin divers problèmes techniques, des erreurs de jeu aussi, des flous aux instruments... Le concert se finit malgré tout en beauté sur un morceau (dont je ne connais pas le titre) qui emporte la salle entière sans contestation possible.

Quelque chose a été différent ce soir, et c'est flagrant sur les visages autant des musiciens que du public. Moins d'extase ? Moins de cohérence ? Le groupe cherche pourtant à se renouveler, à explorer hors de son style désormais classique et légendaire, loin de ses couleurs habituelles pour la première fois, et il semble qu'il s'égare ou s'enferme dans une obscurité monochrome qui, sans perdre en puissance, amenuise pourtant la flamboyance de son œuvre.

De mon point de vue quelque chose est changé, quelque chose de sombre et tragique a remplacé ce qui était extatique et magnifique. Ca n'en est pas moins fort, mais c'est angoissant ...

J'ai aussi entendu, pour la première fois, une bonne partie du public ovationner et applaudir sur les débuts des nouveaux morceaux ce qui n'arrivait pas du tout habituellement, le public préférant habituellement prêter l'oreille dans un total receuillement à tous ces petits éléments sonores qui raccordent les morceaux en une seule unité, en un seul univers. Est-ce un signe des temps ? L'avertissement d'une inévitable vulgarisation de ce qui fut mythique ? Les prémisses d'un impact plus commercial qu'artistique ? L'avenir le dira. Mais ces quatre gars sont toujours extraordinaires, et leur musique tout aussi magnifique et unique, ce sera le constat de ce concert d'Explosions in The Sky.

par Francis Pierot
le 02/03/2007

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