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Explosions in the Sky

: Interview avec Explosions in the Sky



Rencontre avec les quatre membres d'Explosions in the sky, que l'on découvre très simples, humbles et sincères. On revient avec eux sur le mythe autour de leur deuxième album, sur ce qui les fait composer, et pour finir ils ne se montreront pas avares pour partager avec nous leurs dernières découvertes musicales…

Pour commencer j'aimerais revenir sur le " mythe " autour de votre second album et de son titre " those who tell the truth shall die, those who tell the truth shall live forever" (ndt : Ceux qui disent la vérité mourront, ceux qui disent la vérité vivront pour toujours) , puisque cet album est sorti la veille de la catastrophe du 11 septembre. Beaucoup de gens l'ont alors trouvé terriblement " prophétique ", encore plus avec la signification de votre nom (explosions dans le ciel), mais ça devient encore plus troublant avec le titre de l'album " this plane is gonna crash tomorrow " (Cet avion va s'écraser demain). Comment vous avez réagi à ça, et quelles ont été les conséquences de cette mauvaise coïncidence ?


Chris Hrasky : Et bien une partie de ce que tu as entendu est un mythe en effet, cet album n'est pas sorti la veille du 11 septembre, mais deux semaines avant. Mais effectivement, notre album venait de sortir et nous étions en tournée à ce moment là. C'est vrai que ça nous a semblé être une très mauvaise coïncidence. Quand c'est arrivé, c'était une vraiment période horrible aux Etats unis, les gens étaient traumatisés et nous n'avons pas vraiment reçu de réactions vis-à-vis de notre album, c'était vraiment le dernier de nos soucis à ce moment là. En y repensant, ça paraît juste être ce que c'est, tout bonnement une coïncidence. On n'est pas des prophètes ! C'était tout bonnement incroyable et étrange.


Mais ça n'a pas posé de problème en particulier, pour l'album ou pour le groupe ?


C.H : Si je pense que ça en a posé, en effet. Il y a eu tout un tas de stations de radio étudiantes qui ne pouvaient plus nous passer à l'antenne à cause du titre de l'album, ou bien à cause de notre nom. Mais nous étions sur une liste d'un millier de titres donc… Si on peut parler d'inconvénient c'est un des rares auquel je pense. Mais d'un autre côté, sans que nous en soyons fiers ni heureux, notre nom a eu beaucoup d'écho grâce à cette histoire, parce que ça collait à ce qu'il se passait dans le monde à ce moment là. J'imagine que tu dois prendre du bien et du mal en chaque chose, mais là c'était vraiment un jour horrible pour le monde entier… Il ne reste qu'à jouer de la musique et espérer que ça aille mieux pour nous tous.


On peut aussi dire que c'était pas vraiment une très bonne période pour la sortie de votre album, puisque les américains étaient peut-être à la recherche d'une musique plus entraînante, plus directement joyeuse…


C.H : Mais on essaie de faire de la musique entraînante et joyeuse ; peut-être pas joyeuse dans son sens le plus conventionnel, pas festive, mais j'aimerais que l'auditeur ne prenne pas que la mélancolie ou la tristesse dans notre musique, car il y a aussi beaucoup de joie, de triomphe, et de sentiments qui vous soulèvent plus qu'ils ne vous écrasent.


On sent que votre dernier album, The Earth Is Not a Cold Dead Place, est beaucoup plus dans ce que tu décris, peut-être plus joyeux, est-ce que c'est en réaction à tout ça ?


C.H : Je ne pense pas que ça ait été en réaction à quoi que ce soit en particulier, c'était surtout en rapport avec nos vies, et ce que nous ressentions dans nos vies en tant que personnes. L'ensemble de la fourchette d'émotions qu'un être humain peut ressentir. Chaque personne peut les ressentir mais à différentes intensités selon les moments de ta vie. Dans " those who tell the truth… ", on se sentait plus sombres, plus tristes et envahis de choses obscures, alors que sur The Earth Is Not a Cold Dead Place on a pas tellement ressenti tout ça. Peut-être étions-nous plus libres pour nous concentrer sur quelque chose de plus beau, sur des mélodies plus gaies. Mais on a pris ce qui est venu, ce n'était pas spécialement intentionnel. Tout ce qu'on peut te dire vis-à-vis de notre musique, c'est qu'elle exprime ce que nous ressentons au plus profond de nous et autant le précédent album était un moment plutôt sombre de nos vies, à essayer de concilier notre envie de faire notre musique avec nos boulots respectifs, autant le dernier album a été composé à une période bien plus heureuse pour nous et je pense que ça a eu un effet sur ce qui a été produit.


D'ailleurs, il y a une histoire derrière chaque chanson de votre album, comme par exemple dans " first breath after coma " qui parle d'un homme qui se réveille après un long coma en redécouvrant son premier amour et en retrouvant la beauté du monde pour finalement faire renaître ses peurs…, ou " six days at the bottom of the ocean " qui est inspiré du Kursk, le sous-marin russe qui a coulé avec son équipage… Comment vous écrivez et composez ? Qu'est-ce qui vient en premier ? Le scénario ou la musique ?


C.H : Ca peut marcher dans les deux sens, des fois on peut commencer avec une partie de morceau, et pour nous aider à construire le titre entier, on discute de l'histoire ou des images qui nous viennent à l'esprit, et ça aide vraiment à composer. Donc on amènera des images sur de la musique tout comme la musique nous apporte ses images.


Qu'est-ce qui vous inspire ? Des films, des événements de l'actualité … ?


C.H : On est particulièrement inspirés par le cinéma et la littérature, mais notre meilleure inspiration est la vie de tous les jours. Les émotions qui nous transportent, tout ce qu'on ressent, ce qui se passe dans le monde, c'est tout ça à la fois qui nous aide à écrire. Je ne pense pas qu'il y ait des groupes qui nous influencent de manière intrinsèque mais il y a plein de groupes qu'on prend énormément de plaisir à écouter, qu'on admire… Mais on tire vraiment notre inspiration d'autre chose.


C'est très cathartique alors…


C.H : Définitivement…


Votre groupe tel qu'il est aujourd'hui, en formation de rock " classique " avec guitares, basse, batterie donne pourtant une énergie incroyable à votre son, souvent comparée par la critique à des groupes qui sont parfois 7 ou 10 sur scène (Dya know who I mean ?) Etes-vous pour autant intéressé par de nouveaux musiciens, ou de nouveaux instruments dans votre formation pour vos futurs projets ?


C.H : D'abord merci ! Et pour répondre à la question, je n'imagine personne rejoindre le groupe, sinon d'autres instruments peuvent être envisagés, où même moins d'instruments ! Mais je suis en effet très satisfait que l'on arrive à reproduire ce mur de son, rien que nous quatre... Non, vraiment, je n'imagine personne qui puisse nous y aider…


Munaf Rayani : En effet, premièrement je ne pense pas qu'on pourrait jouer avec qui que ce soit d'autre, et je ne pense pas que qui que ce soit d'autre puisse nous tolérer plus de cinq minutes. (rires de l'intervieweur) Tu sais les repets peuvent être très frustrantes, il y a beaucoup d'engueulades, tu vois… Tout ce qu'on veut faire pour l'instant c'est jouer de la musique tous les quatre avec les instruments dont on sait jouer.


Vous êtes amis à l'origine ?


M.R : Oui, meilleurs amis, même, pourrait-on dire.


Parlons à présent du terme Post Rock, très controversé. D'abord est-ce que vous adhérez à cette appellation, vous sentez-vous proche de ce mouvement ?


M.R : Pour moi c'est juste un titre, mais en même temps ça ne veut pas dire grand-chose. Il y a tellement de groupes qui peuvent entrer dans cette catégorie… Mais c'est pareil pour la pop, il y a tellement de groupes différents qui peuvent répondre de ce " genre " et qui n'ont absolument rien à voir entre eux. Et cette analyse marche aussi pour les groupes au sein de ce qu'on appelle le Post Rock. Et en même temps si ça peut aider les gens, qu'ils peuvent se dire " j'aime tel groupe, c'est du Post Rock, ce groupe là c'est aussi du Post Rock, alors voyons ce que ça donne… " , ça ne me pose aucun problème et je le comprends…


C.H : En ce qui concerne nos pères, il est évident qu'avec la musique que nous faisons aujourd'hui, Mogwai et GYBE en étaient en quelque sorte les pionniers du Post Rock qu'on peut entendre aujourd'hui, mais même avant eux, tu pouvais entendre d'autres trucs…


M.R : Ouais comme Slint, qui faisaient déjà ça il y a 15 ans, les Cocteau Twins, les Cure peut-être (rires), je sais pas…


Quels sont les groupes dont vous vous sentez proches, musicalement parlant, ou par amitié ?


M.R : Je dirais qu'on s'entend très bien avec les Trail of dead, ils nous ont emmenés en tournée plus d'une fois et c'est un groupe dont on se sent assez proches et qui nous inspire. En ayant la possibilité de jouer du rock et de voyager dans le monde entier, tu rencontres tellement de groupes admirables, c'est plutôt cool. De Mogwai à The American Analog Set qui vivent dans la même ville que nous. Je pense qu'il y a une bonne communauté du rock aujourd'hui, il semble que tout le monde est là pour tirer l'autre vers le haut, il n'y a pas de " compétition " pour être au devant de la scène, et c'est plutôt plaisant. Et tout le monde a sa propre conception de ce qu'il veut faire et de comment il veut le faire, et tandis que nous marchons sur un chemin en particulier, il n'est pas dit que quelqu'un, si proche de nous soit-il, ne veuille emprunter le même que nous.


Avec qui vous aimeriez tourner, que ce soit par goût ou par amitié ?


M.R : J'aimerais tourner avec The shins…


C.H : Ouais, The Shins Mark Smith : Radiohead !


M.R : les beatles ! (rires)


C.H : Non mais il y a plein d'autres petits groupes avec qui on aimerait tourner, comme The Books, ou Four tet , mais lui il est plus connu déjà… heu... Sinon je sais pas, j'aimerais tourner avec GZA, RZA du Wu Tang, et jay Z, s'il veut partir en tournée avec nous, on est ok… (rires) Britney Spears…


M.R : Non, non pas britney Spears, peut-être Justin Timberlake ? Qui sait …


C.H : Il sait jouer que " Cry me a river " (rires)


M.R : Ha oui c'est vrai, c'est la seule chanson qu'il sait jouer…


Ok, sinon quels sont les disques, livres , films que vous recommanderiez aux visiteurs de dMute ?


C.H : écoutez The Shins !


M.R : oui, définitivement The shins, sinon je conseille fortement The wind up bird, ce sont deux mecs des Etats-Unis, de deux villes différentes d'ailleurs, c'est très très bon…


C'est quel style de musique ?


M.R : C'est de la musique un peu ambiant, de belles mélodies, calmes et douces, faites de samples et de guitares bourrées d'effets planants. Et c'est pas chiant comme peut l'être ce que je décris, c'est vraiment très agréable !


C.H : Sinon le dernier album de Madvillain est une tuerie, Juana Molina (ndlr : sur Domino records) d'Argentine est une incroyable artiste, c'est un peu la rencontre entre Cat Power et Iron & Wine… Tiens en parlant d'Iron Wine, ça aussi c'est tout à fait recommandable ! Je veux faire une tournée avec Iron & Wine ! On écoute tellement de trucs, mais là c'est une poignée de nos favoris et je dirais en premier : The Shins !!!


Sinon des bouquins , des films ?


M.R : Oui, tu sais c'est marrant, comme ce groupe dont je t'ai parlé The wind up bird, il y a ce bouquin The wind up bird chronicle de Haruki Murakami, et j'imagine que le groupe a tiré son nom de cette œuvre. Et c'est tout bonnement fantastique, il écrit de manière très étrange en réussissant à être très émotionnel avec une écriture très simple et facile à lire, mais quand t'arrives à la fin, tu restes perché ! (rires) … Ou tu te mets à pleurer ! Sinon il y a aussi Catch 22 de Joseph Heller, qui est une très bonne satire sur la folie guerrière…



Interview par dClem
le 18/04/2004

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