Charlie Cooper est mort. A 31 ans, la moitié de
Telefon Tel Aviv s'est éteinte. Une semaine avant, le groupe sortait donc son dernier album, Immolate Yourself, avec une nette différence, comparée aux productions précédentes.
Car
Telefon Tel Aviv a évolué. Comme chacun d’entre nous sur cette Terre, un groupe, un artiste se doit de grandir, de passer un cap. Cette évolution n’est d’ailleurs pas toujours forcée. Elle résulte plus souvent d’une croissance naturelle, d’une avancée dans le temps faite d’expériences et de rencontres. Réfléchissez une seconde au premier disque que vous vous êtes acheté. Le single de
Gala,
Free from Desire. Qui dit mieux ?
Les goûts changent, évoluent, mais pas toujours dans le bon sens. Jusqu’ici,
Telefon Tel Aviv n’avait laissé que peu de déchets. Que dire de l’immense
Farhenreit Fair Enough, qui a marqué de son empreinte le style click n’cuts, du plus diversifié
Map of what is effortless, du tout aussi réussi
Immediate Action, et plus récemment, de la belle performance avec
Remixes Compiled ? Autant de raisons qui font de la sortie d’
Immolate Yourself un événement. Sauf que...
Sauf que l’évolution a poussé
Charlie Cooper et
Joshua Eustis à prendre un virage pop. Pas de quoi s’inquiéter, certains ayant plutôt réussi dans ce domaine. Le
Walls d’
Apparat en est le parfait exemple. Sensuel, équilibré et frais. On n’en dira pas autant d’
Immolate Yourself.
L’entâme est pourtant agréable. De l’électro pop tailladé jusqu’au sang par des beats puissants et des synthés démontés. Des déchirures que même les voix séquencées, présentes sur tous les morceaux, ne parviennent à panser. Différent du Telefon auquel on était habitué, mais pas désagréable. Jusqu’à l’accident.
L’accident
Helen of Troy, où l’on croirait retrouver un peu de l’infâme
Sexuality de
Tellier. Un revival des années 80 avec tout ce qu’on y faisait de plus moche. Synthés crades et beat façon boîte à rythme de DanceEjay. Idem pour
Stay away from being maybe. Mais le pire reste à venir avec l’inutile
Your every Idol ou
You are the worst thing in the world, qui porte terriblement bien son nom à en juger par le sample de K2000 et la voix immonde.
Dans l’évolution de Telefon on peut tout de même saluer quelques bons aspects. Certaines pistes apportent ce petit changement agréable, cette preuve, s’il en fallait une, que les Américains peuvent exceller dans un autre registre que leur habituel click n’cuts. Mais la déception l’emporte. La frustration même.
On ne retiendra que le meilleur de Telefon, l'époque où ils nous ont fait rêver. Un grand merci.