Nouvelle recrue du très estimable label Sacred Bones depuis son deuxième album
Spike Field en 2023, la californienne
Maria BC revient avec un disque plus somptueux encore que ses prédécesseurs, qui posaient déjà les bases d'une folk dépouillée et vaporeuse. L'artiste continue ici d'avancer telle une funambule suspendue au vide et nous présente de nouvelles chansons parfois au bord du gouffre, donnant à ce
Marathon des airs moins évanescents et plus rêches qu'auparavant.
Si
Hyaline et
Spike Field étaient de belles œuvres dans la veine de
Grouper, celles-ci atteignaient parfois leurs limites en privilégiant l'ambiance générale aux mélodies, ces dernières se noyant parfois dans des méandres trop abscons pouvant faire décrocher l'auditeur. Mais la proposition était là, et elle était forte : celle de trouver l'équilibre sur un fil que l'on sait difficilement tendu entre d'une part l'écriture de compositions impactantes et d'autre part les explorations aventureuses d'un genre à la croisée de plusieurs autres (folk, shoegaze, dream-pop, electronica). Et si
Marathon impressionne et nous ravit tant, c'est parce que
Maria BC semble avoir enfin trouvé la cohérence parfaite qui lui manquait jusqu'alors.
Ce nouvel album démarre tout d'abord les doigts dans la prise mais les violentes saturations de son ouverture sont finalement un leurre car, hormis quelques glitchs électroniques lui donnant une certaine imprévisibilité (
Port Authority et
Channels), l'album sera principalement véhiculé par des guitares clean et profondes comme peut d'ailleurs l'être la voix de cette chanteuse évoquant parfois
PJ Harvey période
To Bring You My Love ou encore
Shannon Wright (
Peacemaking). S'en suit une collection de chansons toutes miraculeuses servies par un songwriting à fleur de peau dans lequel
Maria BC va toujours chercher la note conférant aux compositions une certaine intensité émotionnelle : les crépusculaires
As The Earth Turns et
Night and Day ou cette magnifique
Miami de clôture convoquant presque le
Hood d'
Outside Closer. L'atmosphère de l'album oscille alors majestueusement entre l'épure (la méditative
Sabotage) et des arrangements simples et efficaces (
Rare et ses clapotis percussifs,
The Sound ou cette
May This Rain rappelant légèrement
Low). L'esprit de ce
Marathon n'est certes pas à la fête mais
Maria BC nous offre ici sa plus belle œuvre et l'un des grands albums sous-estimés de cette année.
Chroniqué par
Romain
le 30/06/2026