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Route du Rock

: Édition 2005



Notre compte rendu

Le week-end s'annonçait radieux. Les pluies orageuses de l'année dernière et le magnifique concert de Blonde Redhead sous un ciel déchiré restaient l'un des souvenirs les plus vivaces de la précédente édition. Les organisateurs avaient placé la barre très haut et se donnaient les moyens de la relever pour cette nouvelle édition. En effet, pour son quinzième anniversaire, de la Route du Rock avait vu grand : The Cure le samedi soir, secondé par Mercury Rev et Sonic Youth les vendredi et dimanche soir, et surtout les années 80 en tête d'affiche avec bon nombre de groupes trouvant la source de leur inspiration dans les courants punk, post-punk et new wave de l'époque.

Vendredi

Après-midi

Il ne faut pas attendre longtemps pour savoir quel groupe se hisserait cette année au-dessus des autres : d'entrée de jeu, Animal Collective tue le suspens. Les concerts au Palais du Grand Large ayant migré du salon en rotonde avec vue sur la mer, c'est devant un auditorium comble de 700 personnes que la formation américaine donne le plus beau concert du festival, seuls Sébastien Schuller et ses musiciens réussissant le dimanche en fin d'après-midi à se hisser à un niveau comparable d'excellence. Déjà très convaincante sur disque, la musique de Animal Collective acquiert sur scène une ampleur insoupçonnée. Le live est appréhendé comme une œuvre à part entière et non comme la simple réinterprétation en concert de morceaux déjà connus. Se succèdent alors trois plages musicales d'une demi-heure environ au sein desquelles on identifie, plus ou moins, ici ou là, un extrait de Here Comes the Indian ou de Sung Tongs. Instruments et voix se mêlent dans de longues expérimentations sonores qu'une oreille inattentive jugerait sans cohérence, proches du n'importe quoi. Alternant passages calmes et moments de forte intensité, jouant de la guitare électrique plus que de la gratte acoustique, la musique est plus proche d'un post-rock halluciné et tribal que du folk concassé de leurs albums. Assis en tailleur à bidouiller leurs machines ou sautant partout en poussant des cris, les new-yorkais d'Animal Collective offrent une prestation remarquable, humaine dans toutes ses dimensions, qui n'a laissé personne indifférent, un point commun avec le concert d'autres new-yorkais, Sonic Youth, dimanche soir.

Soir

Saint Malo n'étant pas réputée pour la fluidité de son trafic routier lors des week-ends estivaux, le concert de Art Brut est - malheureusement ou pas - déjà fini à votre arrivé au fort de Saint Père. Vous retrouvez l'enceinte de Vauban comme vous l'aviez laissé ; la disposition des lieux n'a pas changé et reste similaire à celle des autres années, si ce n'est que la régie a été reculée, laissant plus d'espace devant la scène, en prévision du concert de The Cure le lendemain. Vous vous dirigez vers les stands de restauration pour avaler une galette-saucisse en écoutant Alamo Race Track entre deux bouchés. Comme vous vous y attendiez, le groupe néerlandais ne propose rien de bien passionnant : un rock basique sans grande originalité comme vous en avez déjà entendu et vous en entendrez sans doute encore.

Le soleil a disparu. Il est bientôt 22h00 quand The Wedding Present entre en scène. Après avoir disparu dans la seconde moitié des années 90, le groupe de David Gedge revient avec un septième album, Take Fountain, tout à fait honorable. Ceux qui espéraient quoique ce soit de The Wedding Present sont très vite déçus. Les Anglais enchaînent les morceaux, anciens et récents, sans prendre la peine de les développer, de les étoffer, de leur insuffler un peu de vie. Ainsi " Perfect Blue ", l'une des réussites de Take Fountain, est-il amputé du magnifique final instrumental qui fait une grande part de son prix. Tout cela est très convenu.

Le concert de la soirée est probablement celui donné par Yo La Tengo. Les Américains ne cherchent pas la facilité. Pas de titres courts et énergiques aux mélodies simples ici. Yo La Tengo est trop malin pour se mesurer aux jeunes loups du " revival rock ". Entre la sobriété de leurs morceaux pop et la sophistication de compositions instrumentales plus complexes et plus longues - près d'un quart d'heure pour certaines -, le groupe fait mouche avec un brin de légèreté quand il entame une chorégraphie décalée sur un " Nothing But You and Me " boosté en longueur. Même s'il manque encore un petit quelque chose pour faire de ce concert un grand concert, vous ne boudez pas votre plaisir.

Il est à peu près 1h00, quand Mercury Rev entre sur scène. La setlist des Américains est sans surprise, sans risque, entièrement dévouée à la satisfaction des fans réunis en nombre : " Holes ", " The Dark Is Rising ", " Tides of the Moon ", " Vermillion " et d'autres morceaux parmi les meilleurs des trois derniers albums sont joués. Sur un petit nuage, arborant un sourire enjôleur, Jonathan Donahue dirige son groupe comme le ferait un chef d'orchestre et exprime la musique par des gestes appuyés dont le maniérisme en fait sourire plus d'un. Mercury Rev ne manque pas d'ampleur, mais l'onirisme et l'enchantement qui caractérisaient son univers se sont transformés en une niaiserie qui fait peine à voir. Grosse déception.

Samedi

Après-midi

L'auditorium du Palais du Grand Large étant complet pour le concert de Camille, en attendant que la belle brunette qui régule les entrées vous autorise l'accès à la salle, vous faites un détour par la plage. Christopher O'Riley y a installé son piano et interprète des transcriptions fidèles de morceaux de Radiohead devant un public de vacanciers et de festivaliers au repos. Si dans ce registre Brad Melhdau s'en tire mieux, la prestation de l'Américain est parfaitement adaptée au lieu et au public. Sur le sable, face à l'océan, décontraction au son de " No Surprises ", " Paranoid Android ", " There There "…

Le consensus qui réunit une partie de la presse autour du premier album de Camille, Le Fil, a de quoi agacer. " Qu'est-ce que cette chanteuse a de si formidable ? " est une question que vous ne vous posez plus après le concert. Sur scène, Camille a quelque chose de la Bardot de Vadim : une certaine liberté, une certaine sensualité, un grain de folie. Vive, nature, drôle et émouvante sont autant de qualificatifs qui lui siéent à ravir. Et tout en restant dans le cadre de la chanson française, Camille sait imprimer une originalité à sa musique. Le travail remarquable sur les textures sonores et les rythmes - on transforme un carton de déménagement en percussion - ainsi que sur les voix évoque immanquablement Björk. A la fin du concert, le public explose, et c'est sous un tonnerre d'applaudissements que la Française vient saluer, accompagnée de ses deux musiciens.

Soir

Comme la veille, le premier groupe n'est plus sur scène quand vous pénétrez dans l'enceinte. Dommage. The Organ, que l'on compare beaucoup à aux Smiths, aurait pu être la découverte de cette édition, comme l'avait été Flotation Toy Warning l'année précédente. Le site est bondé, et en traversant la foule vous comptez déjà quelques sosies de Robert Smith.

La pluie fait une petite apparition pendant le concert de Colder. Le parisien s'en sort pas mal. Son électronique sombre très influencée par les années 80 n'est pas sans charme, mais, à l'abri sous la tente du restaurant V.I.P., au milieu des badgés venus là se restaurer et se protéger de l'eau, vous n'en entendrez que quelques échos lointains.

The Cure est prévu aux alentours de 23h30 et il faut encore patienter avec The Raveonettes. Vous appréciez le joli minois blond de Sharin Foo, la bassiste et chanteuse, beaucoup moins le rock des Danois, déjà entendu des dizaines de fois dans les eighties et qui ne semble être là que pour servir d'introduction à la bande de Robert Smith.

Enfin, le concert de l'un des groupes les plus mythiques des années 80 débute de la plus belle des manières qui soit avec un extrait du chef d'œuvre du groupe, Disintegration. Pour la première fois, Arte retransmettait l'événement en direct. La magie opère ; vous êtes sous le charme. Mais le sort se dissipe assez rapidement. Un groupe culte est rarement à la hauteur de sa légende. De manière très professionnelle mais sans passion, les Anglais enchaînent quelques-uns de leurs plus grands tubes pendant plus de deux heures. Les fans exultent, mais ce grand show manque cruellement d'authenticité. Quasi-apathique, Robert Smith se contente d'interpréter ses morceaux sobrement et de lâcher un " merci " de temps en temps. Malheureusement, sur scène, ce soir, la musique de The Cure sent la naphtaline, comme ses vieux vêtements d'une époque révolue, conservés par nostalgie mais jamais revêtus. C'est triste, surtout quand on sait que le groupe a englouti à lui seul près de la moitié du budget artistique du festival.

Dimanche

Après-midi

Vous aviez beaucoup misé sur le concert de Sébastien Schuller au Palais du Grand Large. Certains par avance d'assister là à l'un des meilleurs concerts de cette édition, vous aviez un peu négligé Mus. Il faut dire que, sur album, le groupe espagnol est très agréable à l'écoute, mais ne laisse pas un souvenir impérissable. Peut-être trop sage, trop calme, trop doux. Sans perdre ses caractéristiques essentielles, le slowcore de Mus prend un relief salvateur en concert. Empruntant parfois au post-rock, souvent à la musique folklorique espagnole, le groupe joue une musique pleine de douceur et de poésie, d'intensité et d'émotion. Claviers soft, tendre voix féminine, guitare acoustique participent à la réussite de l'ensemble. Un charmant concert, sûrement un peu trop propre, mais bien plus plaisant que la médiocrité de la veille.

Epaulé de quatre musiciens, Sébastien Schuller débute son concert avec le très beau " Donkey Boy ". La batterie est puissante et couvre en partie les synthés et le chant, légèrement en retrait, mais exprime à merveille la rage et les tourments. La voix de Sébastien Schuller vacille un peu, conférant à ses superbes compositions la dimension humaine dont elles manquent légèrement sur l'album, Happiness. Multi-instrumentiste de talent, le Français délaisse son clavier pour un métallophone ou une guitare le temps d'un morceau. Les images projetées en arrière-plan sont superbes et décuplent le pouvoir évocateur des longues plages instrumentales de ce rock électronique. La prestation est forte, poignante, malgré quelques imperfections, et c'est presque sans envie que vous prenez la route pour le fort.

Soir

Boom Bip, seul véritable représentant des musiques électroniques cette année, ne vous aura pas attendu. Vous vous consolez en écoutant le rock énergique de Maxïmo Park. Le quintet interprète de façon impeccable les morceaux de son premier album, A Certain Trigger. Pendant que le très classe Paul Smith multiple les figures imposées du chanteur de rock surexcité sans toutefois tomber complètement dans le ridicule, le très grand Lukas Wooller défonce son clavier à la main. Pour leur premier festival, les Anglais sont touchants, leurs titres percutants. Ca promet.

Si la performance de Maxïmo Park était déjà entraînante, elle n'est rien à côté de celle de The Polyphonic Spree, collectif d'une vingtaine de personnes complètement déchaînées en toges cyan. Les Texans investissent la scène avec leurs nombreux instruments (harpe, cor, flûte traversière, percussions en tout genre, guitares, etc.) et leurs choristes frénétiques. Le premier morceau, un " It's the Sun " de plus d'un quart d'heure, et les suivants sont de véritables bombes. Entre gospel et pop psychédélique gonflée à bloc, la musique du groupe, emmené par un Tim Delaughter enflammé, est un vrai concentré de bonne humeur.

Avec le set de Sonic Youth, le fort passe d'un paradis ensoleillé à l'enfer le plus obscur. Le concert des Américains est exigeant et éprouvant. Revêtu de sonorités âpres, le rock de Sonic Youth est sauvage, brutal, violent. Les guitares sont malmenées, frappées à terre pour en tirer les bruits les plus improbables. Les mélodies et l'harmonie se délitent à tel point qu'il devient difficile, voire impossible, de suivre le quintet dans toutes ses expérimentations. Il en est ainsi du rappel : plus de dix minutes déconcertantes de larsens stridents et de percussions arythmiques. C'est partagés entre l'admiration d'une telle intransigeance artistique et l'irrépressible soupçon de fumisterie que vous quittez Saint Malo.

Si la Route du Rock 2005 est un indéniable succès en terme d'entrées - 26 000 billets vendus, un record -, le bilan est plus mitigé sur le plan musical. Après un vendredi et un samedi soir médiocres, le festival a su se rattraper le dimanche, mais seuls les concerts au Palais du Grand Large, les trois après-midi, ont été des réussites complètes. En s'offrant The Cure pour son anniversaire, la Route du Rock a cherché à toucher un plus large public. Vous avez le droit de douter d'un tel choix.

par dfghfgh
le 30/08/2005

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