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Route du Rock

: Édition 2004



Notre compte rendu

Au programme du reportage:
Velma ; The Beta Band ; The Kills ; dEUS ; LCD Soundsystem ; RJD2 ; Flotation Toy Warning ; Lali Puna ; Air ; TV on the Radio ; Murcof ; Fennesz ; Blonde Redhead


L'affiche de la quatorzième édition de ce qui reste l'un des festivals rock les plus intègres de l'hexagone était prometteuse. Ziggourat dédiée au rock alternatif, la Route du Rock, si elle propose toujours une très belle sélection de groupes inconnus et d'artistes reconnus, cultive depuis quelques années un éclectisme délicieux. Rock avant tout, mais aussi abstract hip-hop, électro-pop, post-rock ou encore electronica sont autant de styles et de genres musicaux qui se côtoient au Palais du Grand Large ou dans l'enceinte du fort de Saint-Père et qui participent à la grande réussite de l'événement.


Vendredi. 17h30. Palais du Grand Large.
Le concert le plus intéressant, mais non le plus passionnant, du week-end est sans conteste celui donné par le trio suisse Velma. Après avoir harangué le public d'un " are you ready? " répété et accompagné de sa guitare, seule, Christian Garcia est rejoint par ses comparses sur la petite estrade qui fait office de scène. Ostensiblement décalé avec son look façon Deschiens - le mot est lâché par un spectateur -, le groupe entame un morceau du métal le plus brut, se désarticulant sur scène dans une danse convulsive pour l'achever dans une fixité désarmante. Les lausannois restent statiques plusieurs minutes et ne bougent pas malgré les cris et les applaudissements réitérés du public. Dans la chaleur presque suffocante de la salle, Velma nous offre ensuite une série de longs titres progressifs flirtant avec la pop et le post-rock sur lesquels navigue la voix douce et posée de Stéphane Vecchione. Ce que Velma aime plus que tout, c'est se jouer des conventions établies. Ainsi quand Stéphane Vecchione remercie son public, il le fait pendant plusieurs minutes en mettant en évidence les phrases absurdes que les artistes prononcent dans ces moments-là. Difficile de suivre les Suisses jusque dans leurs moindres expérimentations sonores. A mi-concert bon nombre de spectateurs quittent la salle pour rejoindre Saint-Père et le fort érigé par Vauban.


Vendredi. 20h30. Fort de Saint-Père.
Pour son dernier concert en France, The Beta Band qui malgré le bon accueil réservé à son dernier opus, Heroes to Zeros, a d'ores et déjà décidé de se séparer ne commet aucune faute de goût. Le quatuor écossais s'il ne brille pas vraiment joue ses meilleurs morceaux, puisés dans l'ensemble de sa discographie : " She's the One ", " Squares " ou encore " Assessment ". Cependant, le concert est gâché par un son à la qualité pas tout à fait à la hauteur de celle du groupe. La voix de Steven Mason, habituellement claire et suave, peine à se faire entendre, couverte par ce qui ressemble plus à un brouhaha d'instrument qu'à la pop raffinée des quatre d'Edinburgh. Mais, malgré la légère déception, nous sommes pris d'un petit pincement au cœur quand la formation nous quitte.


Vendredi. 22h00. Fort de Saint-Père.
 he Kills commence son show sur l'énorme " Cat Claw ". Armé simplement d'une boîte à rythme, de la guitare de Hotel et de la voix de VV, le duo anglo-américain est là pour mettre le feu et n'a pas besoin de plus pour le faire. Une musique énergique, sombre au possible, qui puise son inspiration dans les racines du rock. Ca cogne, ça tape. The Kills fait ce qu'on attend d'eux et, dans ce registre, aucun groupe ne semble plus efficace.


Vendredi. 23h30. Fort de Saint-Père.
Cinq ans après leur dernière venue à Saint Malo, dEUS assure un concert totalement maîtrisé. Les Belges interprètent impeccablement leurs tubes et quatre titres inédits que nous retrouverons en début d'année prochaine sur leur cinquième album, prometteur. Le fort peut se laisser bercer par les douces mélodies du quintet. Rien à dire.


Vendredi. 01h00. Fort de Saint-Père.
Il commence à se faire tard et il incombe maintenant à l'électro-punk de LCD Soundsystem de réveiller le public avant la prestation finale de RJD2. Le groupe de James Murphy est là pour faire danser le fort Saint-Père et à grands renforts de percussions il y parvient. Les tubes " Losing My Edge " et " Yeah " vont droit au but. Les bras se lèvent face à la scène. Ca saute, ça crie. On nous pardonnera certainement de rester insensible à cette électro simpliste.


Vendredi. 02h30. Fort de Saint-Père.
Ils ne sont plus aussi nombreux qu'en début de soirée, ceux qui ont eu la patience d'attendre la prestation de Ramble Jon Krohn, alias RJD2. Après DJ Shadow il y a deux ans et Buck 65 l'année dernière, l'américain est le grand représentant de l'abstract hip-hop à la Route du Rock. Autant le dire tout de suite, il sera loin de faire aussi bien. Avec un son hyper chargé en basses, RJD2 enchaîne les vinyles, pose des beats énormes sur les samples déjà utilisés sur ses albums, mais ne parvient jamais à emporter notre adhésion. Il manque quelque chose. Peut-être de la maîtrise, peut-être du talent…


Samedi. 19h15. Fort de Saint-Père.
Malgré quelques ratés, le concert de Flotation Toy Warning est un moment de pure grâce. Groupe inconnu du plus grand nombre, le quintet de Paul Carter qui sort son premier album ces jours-ci sur le label bordelais Talitres Records est le versant anglais de la pop psychédélique de Mercury Rev et de Grandaddy. Une basse surpuissante, un clavier aérien, une guitare jouée avec une baguette et la voix suraiguë de Paul Carter, qui se prend par moments pour un ténor, sont autant d'ingrédients qui font de la musique de Flotation Toy Warning un objet rare et précieux. Pop psychédélique, univers original, nous sommes sous le charme.


Samedi. 20h30. Fort de Saint-Père.
Deux ans après sa venue, au sein de The Notwist, le guitariste Markus Archer est de retour à Saint Malo avec son second projet, Lali Puna, et donne l'un des meilleurs concerts du week-end. Emmenée par le chant et le charme tout en retenu de Valerie Trebeljahr, la pop mi-synthétique, mi-acoustique du quatuor s'impose avec évidence. Certaines ambiances évoquent l'électro sucrée de Múm. Mise en avant, la batterie de Christoph Brandner fait des merveilles et confère aux morceaux des rythmiques impressionnantes de complexité et des moments approchant la drum'n'bass. Lali Puna met la barre très haut et le public ne s'y trompe pas.


Samedi. 22h00. Fort de Saint-Père.
Ils sont venus nombreux ce samedi soir pour assister au concert de Air. L'enceinte du fort grouille de monde et il faut jouer des coudes et des épaules pour obtenir une place de premier choix à proximité du groupe. Air est très attendu, et après la prestation de Lali Puna, les versaillais ont fort à faire. Epaulés par un batteur et un claviériste, Nicolas Godin aux synthés et Jean-Benoît Dunckel à la guitare entament de façon magistrale leur concert avec le titre inaugural de Talkie Walkie, " Venus ". Aucune exubérance sur scène, ils sont très " pro ", trop même. Il faut attendre que soient joués quelques tubes monstrueux pour les voir se lâcher à sourire et à parler à leur public. Le duo français fait partie de ces rares groupes qui peuvent piocher dans l'ensemble de leur discographie les morceaux qu'ils jouent sur scène. Et ils ne s'en privent pas : " Sexy Boy ", " Kelly Watch the Stars ", " Alpha Beta Gaga ", " Cherry Blossom Girl " ou encore " People in the City ". Une surprise : Gordon Tracks vient interpréter pour la première fois en live avec Air le sublime " Playground Love " ; l'émotion est au rendez-vous. Et s'il faut encore en convaincre certains, " La femme d'argent ", dernier morceau du concert, touche à la perfection. Rien à ajouter.


Samedi. 01h00. Fort de Saint-Père.
Il nous tarde de découvrir en live TV on the Radio, auteur d'un premier album magnifique sur le label 4AD, Desperate Youth, Blood Thirsty Babes. La prestation scénique est, en un mot comme en cent, exceptionnelle. Dos au public, à quatre pattes ou à genoux, les américains sont pleinement habités par leur musique, à l'image de l'enthousiasme débordant de Tunde Abedimpe, chanteur à l'envergure impressionnante. L'investissement est total. Noyée dans le flux de la passion, la maîtrise avec laquelle a été conduite l'album vacille en de légères approximations qui rendent la musique terriblement humaine. Le trio, ici renforcé de deux autres musiciens, joue un rock très énergique et puissant, voguant entre le groove noir et une guitare noisy qui invoque le souvenir de My Bloody Valentine. " Dreams ", " Staring at the Sun ", " Ambulance ", autant de morceaux magnifiques qui participent au succès du groupe.


Dimanche. 16h00. Palais du Grand Large.
Portable ouvert sur une table, assis face au public, c'est dans le plus simple apparat que se déroule le set de Murcof. Pas de représentation ici. Nous sommes là pour écouter, il n'y a rien à voir, si ce n'est derrière le mexicain le blanc ouateux du ciel de Saint Malo traversé par les mouettes au ralenti. Bercés par les vagues sonores, le moment est propice aux rêveries. Les cordes se mêlent à des beats électroniques si puissants et profonds qu'ils font vibrer les vitres de la salle. Sentiment ambivalent : nous sommes partagés entre le plaisir intense de retrouver les atmosphères mélancoliques qui nous ont charmés sur Martes et la déception de constater que la musique de Murcof n'a pas évolué depuis deux ans. C'est beau, mais rien ne surprend.


Dimanche. 17h30. Palais du Grand Large.
Au moment où Fennesz se présente face à la poignée de privilégiés présents dans la salle, nous ne soupçonnons pas encore l'ampleur de l'expérience qui nous attend. Certes, l'electronica des albums de Fennesz est d'une qualité rare, mais le live lui octroie une autre dimension. La musique de Fennesz est une sorte de magma sonore qui change constamment de forme et de couleur. L'autrichien travaille à même le son, qu'il compose en direct à partir d'une banque de samples déjà enregistrés et dont il semble nous donner à écouter toutes les textures possibles. Plutôt noisy, ce set rappelle les origines musicales de Fennesz ; comme il l'admet lui-même, s'il n'avait pas été autrichien il aurait fait du rock ! Le concert du festival.


Dimanche. 22h00.Fort de Saint-Père.
C'est sous la pluie que le fort de Saint-Père accueille Blonde Redhead. Le temps ne s'arrange pas et ce sont bientôt des trombes d'eau qui s'abattent sur les spectateurs. De puissants éclairs illuminent le ciel par instant. Mais personne ne bouge. Le trio subjugue son auditoire avec un concert magnifique, empreint de poésie et de sensualité. Kazu Makino est sublime et chante à merveille, les frères Pace assurent à la guitare et à la batterie. La pop délicieuse de Blonde Redhead flotte dans l'air humide, transportant chacun au-delà des conditions désastreuses du concert vers un ailleurs bouleversant. Mais ce que nous redoutions arrive. Tout s'interrompt pour des raisons de sécurité. La magie se dissipe et elle ne remontera pas sur scène.


Très belle édition 2004 de la Route du Rock.



par dfghfgh
le 30/08/2004

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