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Black Dice + Growing + Prince Rama

: @ Machine du Moulin Rouge - 05/12/2010



Notre compte rendu

Le passage conjoint de Black Dice et de Growing à la Machine du Moulin Rouge le 5 décembre dernier correspond à la dernière date d'une tournée européenne consacrée pour sa plus large part au nord de l'Europe. Là-bas (Hollande, Danemark, Suède, Allemagne), le noise à tendance psychédélique et la drone music y sont reçus avec tous les honneurs qui leurs sont dus, avec ferveur. A Paris aussi, d'ailleurs, malgré le caractère un peu confidentiel de ce concert. Toujours est-il qu'il draine comme il se doit la foule de hipsters locaux trop heureux d'assister à un live de deux des meilleurs représentants de la scène psychédélique actuelle de Brooklyn. D'autant que se sont greffés, par le hasard du calendrier, Prince Rama, newcomers prometteurs dont le dernier album paru sur Paw Tracks a été produit par Avey Tare et Deakin d'Animal Collective.


C'est donc Prince Rama qui ouvre la soirée avec un rock psychédélique à tendance orientale, à base de guitare, de clavier et de toms dont la batteuse (Nimai Larson) joue debout (merci Mo Tucker !). Sa soeur, la très jolie Taraka, tient la guitare et chante tandis que Michael Collins, grand échalas qui semble planer en permanence, tient les claviers. La musique de Prince Rama surprend par sa dimension parodique affichée. Autant celle-ci n'est pas perceptible sur disque, dans la musique elle-même, autant le decorum, la gestuelle, les costumes comme le fait de quitter la scène pour aller agiter des clochettes au milieu du public donnent à tout cela une sorte de distance critique. Le groupe n'adhère pas tout à fait aux codes de la scène dont il vient, mais en adopte certains : troublant. Si le groupe est visiblement heureux de jouer, il manque encore d'un peu de présence scènique et sa musique, d'un peu d'épaisseur et de substance. Musicalement, il livre une pop à forte teneur en glucose, joyeuse et exubérante, construite à base de monorythmies, de synthés old school et de guitares wahwah, qui dérape parfois vers quelque chose de plus modal, plus mélodiquement incertain, qui font les meilleurs de leur set. A suivre.


Quant à Growing, ils sont sans doute possible les grands gagnants de cette soirée. Si Pumps!, leur dernier album paru sur Vice, a un peu déçu par rapport à l'excellence de leurs disques sur The Social Registry et Kranky, leur live est à la hauteur de ce qu'on pouvait attendre d'eux. Une petite heure de son balancé en continu, en larges aplats hyperdenses où se superposent drones de guitare repassés dans tout un ensemble d'effets, samples de voix mastiqués puis recrachés, beats boiteux, accidents sonores stretchés en textures maboules dont le timbre évolue pendant de longues minutes. La musique de Growing est intense, immersive, extatique ; c'est une grande vague sauvage qui emporte l'auditeur avec elle et dont la plus belle qualité est sa dimension analogique, bricolée : le son est cradingue, incertain, instable - on le croirait doué d'une vie propre et le live, alors, consiste surtout pour les trois membres du groupe à le maîtriser, à le dompter, à s'adapter à ses cabrures impromptues et ses zigzags intempestifs. Très, très impressionnant !


Le set de Black Dice sera à la hauteur, sans manifester pour autant la même profonde originalité. Il faut dire, aussi, qu'on connait bien mieux ce qu'ils font. Mais comparé à la drone music démente de Growing, le noise de Black Dice semble soudain moins fou. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas musicalement puissant. Le volume sonore, pour commencer, aide beaucoup : un set lui aussi joué d'une traite, à plein volume, dans un martèlement d'infrabasses et de fréquences vrillantes ininterrompu. Black Dice a un modus operandu semblable à celui de Growing : des pédales d'effets en circuits en série, une guitare. Par rapport à Growing, dont le matériel est clairement non conventionnel, bricolé et assemblé pour provoquer des accidents, celui de Black Dice intègre une MPC et un petit clavier qui font office, avec la guitare, d'instruments de référence. A partir de là, le son est trituré et torturé dans tous les sens, jusqu'à ce qu'il rende grâce. Tant mieux pour nous : set intense, puissant, mal aimable et hérissé. Il n'y a pas d'autre façon de faire de la musique, et c'est celle-ci qu'on aime.



par Mathias
le 12/12/2010

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