Le label français Kythibong continue de titiller notre curiosité insatiable envers les musiques dans la marge en proposant un panel d'artistes réussissant à faire le grand écart entre d'une part un noise-rock tantôt frontal (
Pneu,
Papier Tigre et
La Colonie de Vacances qu'il faut absolument voir en live) tantôt déstructuré (
Api Uiz ou le fantastique
Playland de
Choochooshoeshoot dans une veine évoquant les premiers albums d'
Heliogabale), et d'autre part quelques bizarreries sonores entendues presque nulle part ailleurs (
Danse Musique Rhône-Alpes,
Deux Boules Vanille,
Tachycardie,
Spelterini,
Will Guthrie...), sans parler de tout ce qu'il nous reste encore à découvrir comme par exemple cet album de la fraichement césarisée
Vimala Pons pour le beau film
L'Attachement (
Eusapia Klane, 2022). Comme disait
Godard :
"la marge, c'est ce qui fait tenir les pages ensemble", et celles du
catalogue Kythibong tiennent solidement.
La dernière sortie du label offre un nouveau chemin de traverse :
Snake De, duo formé par le co-fondateur du label
Aymeric Chaslerie, guitariste chez
Papaye ou
Room 204 donc plutôt porté sur l'électricité explosive, et par
Maxime Canelli dont on ne connaît pas grand chose hormis ce disque de
CARTON plutôt axé synth-wave. La rencontre des deux ne pouvait produire qu'une de ces expériences détonantes en forme d'énigme musicale que l'on prend plaisir à déchiffrer. Et puis non, on ne va rien déchiffrer du tout et on va simplement se laisser porter par l'étrangeté de l'objet. Une étrangeté qui s'isole de tout en ne se rattachant à rien de directement indentifiable, et c'est principalement ce plaisir de l'inédit que l'on vient chercher.
Alla Sorrentina est un patchwork bricolé autour de bribes piochées dans les archives des deux musiciens, dans leurs disques durs mais aussi leurs téléphones portables et autres dictaphones, des trouvailles diverses ré-enregistrées sur bandes magnétiques puis numérisées par le duo afin de créer cet ensemble fragmenté, granuleux mais cohérent prenant la forme d'une panographie sonore finalement très addictive. On aime alors se perdre dans les boucles synthétiques et les bouts de vie captés au vol comme on aimait autrefois se perdre dans les expérimentations de
Broadcast and The Focus Group, et on adhère complètement à la poésie quasi enfantine qui s'en dégage.
Chroniqué par
Romain
le 28/03/2026