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Experience + Absinthe (Provisoire)

: @ Passagers du Zinc - 30/04/2005



Notre compte rendu

Il paraît que le chanteur du groupe qui nous a fait patienter pendant presque deux heures en attendant la venue sur scène d'Absinthe (Provisoire) est un ancien de Diabologum. Pourquoi pas ? De Diabologum, j'aime surtout La maman et la putain. C'était il y a longtemps quand même, ce morceau, non ? En tout cas, lui, putain, il ferait mieux de retourner chez sa maman. Il ferait mieux aussi de regarder ses musiciens quand il est sur scène, parce qu'ils ont l'air de s'être rencontrés deux jours plus tôt et, le problème, c'est que ça s'entend. Il ferait mieux aussi d'arrêter la vodka sur scène, s'en enfiler à la bouteille pendant le concert, ça ne fait pas toujours rockstar, il faut qu'il y ait quelque chose en plus, dans la musique notamment, quelque chose qui soutienne le comportement pour que ça devienne une attitude et que ce soit glamour, esthétiquement rock'n'roll. À la place de ça, on aura eu droit à un rappel en forme de reprise de NTM, "Qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu ?". À ce moment-là, je me suis dit que Kool Shen faisait vraiment bien de prendre sa retraite. Je me suis aussi demandé ce que je foutais là, tout simplement… j'attendais Absinthe (Provisoire).

Changement de scène. Désorganisation complète. On se demande qui est qui. Ça tarde un peu. Ça commence ? On se rapproche de la scène qu'on avait quittée pour le patio et une ambiance un peu plus agréable. Non, ça ne commence pas, les musiciens sont en place, on dirait, pourtant. Trois guitaristes et un batteur. Mais, les techniciens s'affairent pour résoudre un problème, ou deux, ou trois…j'ai l'impression qu'on ne les compte plus. Deux guitaristes d'Absinthe commencent à jouer, ça dure un moment. Commencera, ne commencera pas ? Le batteur quitte sa place, deux feuilles manuscrites à la main. Il lit son texte. J'aurai aimé dire que c'était beau ou que c'était poétique ou que c'était mauvais, mais je n'en ai rien entendu. Décidemment, il y a un problème. D'ailleurs, je n'entendrai presque rien de ce que diront ceux qui prendront la parole. Il revient derrière sa batterie, la pression monte, monte encore, pendant une demi-heure, peut-être plus, ça monte très haut, très fort. Cédric a juste le temps de me glisser cette réflexion : "S'ils ne cassent pas de cordes ce soir, c'est que Dieu existe." Batteur exceptionnel sous une chape électrique noisy ; c'est très fort, trop fort par moments, bien trop puissant, pour des oreilles humaines non protégées. C'est quasiment free, pas l'ombre d'une mélodie, simplement du son et cette batterie démente, apparemment libre de toute contrainte mais qui donne pourtant une assise à ces souvenirs de musique que nous destinent les guitares.
Des phases comme celle-là, il y en aura trois ou quatre, je ne sais plus exactement, elles ont lieu dans le temps comme hors du temps. Ce sont des phases ou des périodes, je ne saurai dire. Mais, ce ne sont pas des morceaux. La musique d'Absinthe (Provisoire) est autre chose. Et, ce soir, l'expérience, c'est vraiment eux, pas les autres. Distorsion, delay, Super Fuzz et autre overdrive, tiges de métal, tournevis, bouton de porte, bottleneck fait d'inox en guise de médiator, archet frotté sur les extrémités des cordes, hurlements sauvages, interminables, et qui conduiront deux membres à l'aphonie complète. Toujours cette batterie qui donne le rythme, le déconstruit, donne du mouvement aux expérimentations électriques des guitaristes, change de direction, perd les quelques spectateurs (trop rares) qui sont restés pour assister à ce superbe chaos, les rattrape au moment où ils ne sont plus guère attentifs. Encore quelques applaudissements, des bravo.
Nelly est épuisée. On va s'asseoir. J'en ai bien besoin, moi aussi.
Absinthe (Provisoire) nous annonce qu'ils vont faire une chanson. Alors, on se rapproche à nouveau. Le batteur est debout derrière sa batterie. Un des trois guitaristes esquisse le début de ce qui a tout l'air d'une chanson. Il la saccagera bientôt, pour mon plus grand bonheur. Les deux autres sont assis au milieu de la petite scène. Ils ont déplacé les micros au-dessus de leur tête. Régulièrement, ils tapent dans les mains et entonnent, en guise de refrain, un "la-la-la" déjanté, gorgé du sublime épuisement de ces musiciens qui ont tout donné pour surmonter les problèmes techniques et l'absence du public.
Le concert s'achève. Rassurez-vous, l'existence de Dieu n'aura pas été démontrée ce soir ; seulement l'existence d'un groupe qui a su évoluer, prendre une direction que le premier album ne laissait pas forcément présager. Un groupe réellement engagé dans sa musique, sans distance, qui la vit, la fait vivre, la porte jusqu'au bout, quoiqu'il en coûte (sa voix, parfois) et quoiqu'il arrive. Un groupe qui demande que l'on surmonte parfois les craintes et les réticences de l'auditeur dont les oreilles sont mises à l'épreuve. Or, la foi dont font preuve les membres d'Absinthe (Provisoire), ainsi que leur talent, mérite bien cela.

par Jérôme Orsoni
le 30/04/2005

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