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RQM

: Interview avec RQM



RQM est polonais d'origine et a vécu une bonne partie de sa jeunesse à New-York avant de déménager pour Berlin. MC superactif de la scène electro/hip-hop allemande, nous avons voulu en savoir un peu plus sur son parcours musical, ses pérégrinations et ses rencontres avec Cee (Al Haca) et The Tape (Jahcoozi, The Tape Vs RQM) entre autres. Sutout savoir où en étaient ses projets, voilà la réponse...

J'ai lu que tu avais grandi en Pologne et déménagé à New-York à l'âge de 7 ans. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours et de tes premiers pas dans la galaxie hip-hop new-yorkaise ?

Je pense que je suis ce qu’on peut appeler une expérience sociale à moi tout seul. Je suis né dans le sud de la Pologne, dans une ville qui s’appelle Sosnowiec – totalement industrielle – pas grand-chose d’autre là bas… vers mes 4 ans mes parents ont déménagé à Varsovie … C’était à l’époque d’un boom sur l’immobilier, alors nous vivions dans un bloc d’immeuble brut dont la construction n’était même pas achevée, un monolithe de béton – le symbole du progrès socialiste. Ensuite vers mes 7 ans il y a eu la loi martiale (quand l’armée maintient l’ordre à la place de la police –ndt), j’ai vu des tanks dans les rues, il y avait le couvre-feu etc… C’est à ce moment là qu’on est parti pour New York. On revenait souvent et j’ai vécu à Varsovie à nouveau de 11 à 15 ans et je suis retourné à New York, donc voilà je suis une sorte d’hybride socialement parlant.

En ce qui concerne le hip-hop… Disons que quand on a déménagé à New york le hip-hop était omniprésent, les trains étaient détruits de graffs, c’était la grande époque des boomboxes, il y avait du carton et du lino pour danser par terre à tous les coins de rues, y avait du popping (popping est un style de danse consistant à contracter ses muscles sur le rythme de la musique –ndt), des ninety nine complets (tour complet sur une main- ndt) et d’autres passements de jambes. C’est solidement gravé dans ma mémoire. La première fois qu’un disque de rap est arrivé à mes oreilles c’est quand j’ai entendu 5 minutes of funk de Whodini… Et imagine que je ne parlais pas encore anglais à ce moment là. C’était simplement l’énergie qui m’a retourné. Depuis je me couchais tard pour faire mes mixtapes – juste de ce que je pouvais entendre à la radio… A l’école on s’entrainait à faire des pas entre kids, toi-même tu sais ce qu’un minot de 8 ans est capable de faire, des spins, le vers de terre etc… On avait nos petites coupoles (windbreaker, mouvement de rotation sur les épaules)… Donc je pense que ça a été l’origine, la petite graine quoi. Le hip-hop a été présent dans toute ma vie à partir de là, c’est peut-être l’une des seules choses qui ont été constantes même. Mais j’ai aussi eu ma période metal et hardcore, ma période drum & bass, j’adore la musique…

Et pourquoi es-tu parti pour Berlin? Pourquoi Berlin?

Ca n’a pas vraiment été un choix, peut-être en regardant en arrière je pourrais dire que c’était ce qu’on appelle le destin… J’étais avec une meuf à l’époque et elle se faisait pas à New York. On vivait à Bedstuy, le quartier de Tyson ou encore Biggie (Notorious Big - ndt)et on était entourés de ces gens magnifiques qui se faisaient beaucoup de mal. Beaucoup de violences domestiques, de maltraitance d’enfants, de consommation excessive de drogues et ça quotidiennement… Et je pense que ça devenait dur pour nous deux – On en avait lourd sur l’âme, vu qu’on avait sympathisé avec pas mal d’entre eux… Et il n’y avait aucun moyen de les aider… et par-dessus tout ça notre relation était pas au beau fixe et pour la sauver elle pensait que ça serait bien de se barrer. Au départ, elle voulait aller dans la baie de Californie, mais j’avais une sensation dans les tripes qui me disait que je ne devrais pas aller là bas.. Et quand je dis une sensation dans l’estomac je parle vraiment de la nausée, aucune offense envers la west coast. Elle a alors pensé que c’était simplement parceque je ne voulais pas déménager en bon New Yorkais hardcore que j’étais. Mais le truc c’est que j’ai appris que la seule manière de s’en sortir dans la vie c’est de faire confiance à son instinct et je reste toujours fidèle à cette idée. C’est là que Berlin est sorti comme un coup de tête et je le sentais bien alors on a plié bagages et on est partis. Et tout est rentré dans l’ordre de façon très naturelle, à part notre couple qui est devenu un enfer pas longtemps après.

Tu as eu rapidement des contacts avec la scène berlinoise?

C’était incroyable, mais en fait j’ai rencontré tous les gens avec qui je travaille en seulement quelques mois. En regardant en arrière je ne peux qu’appeler ça le destin – je suis venu à Berlin et je m’y suis totalement intégré.

Comment as-tu rencontré The Tape par exemple?

J’ai rencontré Robot Koch (The Tape) à mon appartement en fait, il y est venu avec Sasha du groupe Jahcoozi qui était passé voir mon coloc, Baba le bassiste de Jahcoozi était mon voisin du dessus, c’est lui qui a fait la connection… Et le plus marrant c’est que cet immeuble dans lequel on habitait avait une énergie qui attirait les musiciens en son antre… avant nous le légendaire Daddy Freddy y habitait, et quand nous sommes partis des producteurs techno ont emménagé.

Et Cee?

Ha ha, ce mec je l’ai rencontré la deuxième semaines après être arrivé à Berlin, Je suis allé aux bureaux de Sonar Kollektiv pour rencontrer des mecs pour des collaborations potentielles et il y avait Cee avec le nouveau Lp de Dj Vadim dans les mains qui chillait en fumant un spliff à midi… et je me suis dit ça me plaît bien ici… Alors le rendez-vous pour lequel je m’étais déplacé n’a pas porté ses fruits mais au moins j’ai rencontré Cee… J’ai écouté des séquences de ses nouvelles rythmiques et on a enregistré « We sick » quelques mois après. Et c’est marrant parce que le premier Lp de Al haca s’appelle « inevitable » et Cee est aussi un mec qui croit en l’énergie et aux choses qui évoluent selon un certain ordre , tai chi style… C’est mon frangin !

J'ai l'impression, tant pour Al Haca que pour The Tape vs RQM, que vous êtes davantage à l'aise en public. Vos albums studios sont bien "sages" comparés à ce que vous faites sur scène. Est-ce que je me trompe?

Je pense que c’est parce que nous travaillons avec les tripes et qu’on réagit par rapport à ce qu’il se passe autour de nous en faisant de la musique. Nous faisons notre possible pour garder toute l’honnêteté dans nos morceaux, je pense que c’est pour ça que ces morceaux se prêtent bien à l’expérience de scène.

C'est pour ça que vous tournez énormément?

Ca précisément c’est une bénédiction. Tu sais la musique n’est pas un job des plus facile, si tu veux payer tes factures, encore plus aujourd’hui avec l’industrie musicale qui tombe en miettes, mais les concerts t’emmènent dans des endroits où tu ne serais jamais allé si on ne t’y avais pas programmé. Donc je dis merci !

Vous avez tourné partout dans le monde, comment c'était? Et votre passage en France?

Ouais on s’est pas mal baladés. On a joué à peu près partout en Europe continentale, on a fait une tournée aux States, et on a même atterri dans quelques villes en Asie… Ca a été une experience très enrichissante pour nous. Du point de vue du son, c’est marrant de voir comment les gens réagissent à votre son selon les endroits… Y ades endroits très « physiques » où les gens dansent beaucoup, dans d’autres les gens étudient ce que tu fais. Dans certaines villes les gens applaudissent entre les morceaux, dans d’autres ils tapent sur les murs pendant ton set. Et j’adore la bonne bouffe alors je fais toujours ma petite ronde pour trouver les bons spots locaux pour découvrir leur goût.

En France ça a été comme dans du beurre, on y est allé deux fois avec The Tape et deux fois dans un contexte plus « rock » et de festival et l’accueil a été mortel. Mais j’aimerais bien y retourner dans une salle hors festival, peut-être en partageant la soirée avec TTC…

Ton flow est à cheval entre le spoken word et un rap plus saccadé, est-ce que tu as fait partie de la scène slam?

J’ai eu une période spoken word, bien sûr, mais j’ai découvert la scène slam que très tard. A New-York, le hip-hop underground et la scène slam font dans la consanguinité, donc j’ai fait mes sessions open mic et j’en ai tiré le meilleur des deux mondes. Ce que j’ai pu observer, c’est que dans les lieux de spoken word, les spectateurs écoutent davantage les mots et d’une certaine façon c’était moins de l’ego-trip yoyoyoyo … Mais rien n’est parfait dans ce bas monde, tant et si bien que d’un certain point de vue les phases spoken word sont devenues routinières et répétitives… Une fois que j’ai été capable d’identifier tous les styles, je suis passé à autre chose.

Tu es un bon MC et tes lyrics sont intelligents et sarcastiques qu'est ce que ... ? Bon ok, c'était plus un compliment qu'une question. Disons, quelles sont tes références? Qui t'as inspiré ou t'inspire encore?

Merci mon frère ! Eh bien disons que je dois te balancer le cliché favori des artistes depuis la nuit des temps : c’est la vie qui m’inspire le plus. Je sais que tout le monde dit ça, mais c’est vrai. Je veux dire que quand j’écris un titre, il trouve son origine dans une image que le rythme desssine. J’écoute le morceau et j’en capte les émotions, je peux déchiffrer l’histoire qu’elle raconte. Il arrive que je vois vraiment des instantanés, et à d’autre moments que je puisse clairement et distinctement lire l’émotion, ou encore que les mots irriguent ma conscience. Si le beat ne me procure aucune émotion- mes lyrics vont être téléphonés, forcés. Et j’ai déjà assez vécu donc j’ai pas mal d’histoires à raconter… Je peux puiser dans cette expérience quand j’écris les lyrics ou alors laisser mon imagination s’emparer de la plume. Mais ce que j’ai réalisé ces dernières années, c’est que si c’est réel pour moi , ca sera réel pour l’auditeur, donc les histoires personnelles ont beaucoup plus d’impact. Quant à l’inspiration , je lis beaucoup, je regarde beaucoup de films et bien sûr j’écoute beaucoup de musique. Je sors de la lecture d’œuvres de Jonathan Lethem, Forteresse de solitude et Brooklyn sans mère. J’ai vu le film Adam’s Apples récemment, The departed – ils m’ont captivé. Je suis à fond sur le cinéma japonais aussi, je regarde beaucoup de Takeshi Kitano, Wong Kar Wai, j’aime beaucoup Kieslowski aussi. Quant à ce qui enflamme mon ipod, ça va de soi je surveille les MC commerciaux donc j’ai fait péter le dernier Jay-Z, le nouveau Busta, plus soul j’ai découvert Anthony David, pour le rock les Rapture, j’adore ce que Cee-lo a fait avec Dangermouse, de notre famille, Stereotyp, c’est incroyable… J’ai déterré du Zap-mama, je me suis procuré les mash ups de Julio Gonzales avec des pointures hip-hop, Fat Freddy’s drop dans un registre plus reggae/soul… y’en a tellement !

Sinon, tu as fait beaucoup de collaborations ces derniers temps, mais est-ce que tu as un projet solo?

Aaaaaah celle là arrive enfin. Chaque fois que je fais de nouveaux titres avec quelqu’un ils finissent sur leur album… Mais l’année prochaine, je me consacrerai entièrement à mon premier album solo. Je ne ferai pas beaucoup de featurings- 2007 sera que du solo. J’ai un concept bien clair et déjà 5 titres dans le panier … Cee, Robot, Stereotyp, et Walera des Data Mc’s – il m’ont tous soutenu avec leurs prods pour ce coup là… Donc je pense que l’alliage va être bestial !

Et d'autres projets collectifs? Avec Al Haca? The Tape? L'équipe de Kitty-Yo? Quelqu'un d'autre?

Mes projets principaux restent El Haca et The tTape. Le prochain The Tape Vs RQM va sortir en avril prochain uniquement sur Itunes. En mars on le sortira en une mixtape édition limitée à 100 exemplaires sur une vraie cassette, toutes illustrées à la main par des graphistes. On va les vendre à une Galerie à Berlin qui s’appelle Supalife Kiosk- ça commence le 17 mars. Le disque s’appelle Public Transport et les thèmes récurrents sont les ruptures amoureuses ou amicales… etc. Le nouveau Al Haca est également prêt, mais nous n’avons pas encore décidé si nous le sortions nous même ou si nous essayions de trouver une belle et juteuse signature. Le truc c’est que l’industrie est vraiment aux abois et on sait pas ce qu’il va se passer dans les deux ans à venir… Et ce serait mal joué de signer un contrat obsolète en plein changement d’ère. Alors on attend avec celui-là. J’ai aussi des featurings qui arrivent avec ces Suisses cramés de Filewile et leur électronique funky, et dans un registre plus calme et jazzy avec Eva B de Sonar Kollektiv, il y a aussi une apparition sur le nouveau Jahcoozi dans le tuyau.

Tu jongles entre les styles... Est-ce que tu penses que le futur du hip-hop se situe dans le mélange des genres? Tu penses qu'on peut encore parler de frontières musicales en 2007?

Pour moi le hip-hop est par definition liquide et il est censé évoluer. Donc quand la jungle est arrivée, c’était du hip hop pour moi. J’entends du hip-hop dans Radiohead, dans Chris Clark, dans le grime, le dubstep… Mais c’est malheureux que beaucoup de « conservateurs » du hip-hop pensent encore aujourd’hui que c’est une production 4-4 sur MPC avec des samples retro, et ils pensent aussi que si vous arrêtez de porter des shell toes de Adidas le hip-hop va mourir. Quand la musique devient une formule rigide elle perd toute sa pertinence. Et le truc marrant c’est quand je lis des chroniques hip-hop, et que ça devient un compliment de dire qu’un disque sonne comme s’il avait été produit dans les années 90. Si tu dis ça dans la scène électronique –c’est la plus grosse injure- de dire à quelqu’un que son son est daté. Mais j’ai la foi en la génération Ipod, dans la fonction shuffle qui ne fait pas de discrimination, et dans la culture mashup. Le futur est liquide !

Toi tu es ouvert à tout type de production? tu penses être le rappeur du troisième millénaire?

Ha ha ha … Peut-être?

Je te remercie. Est-ce que, pour finir, tu peux me donner 5 ou 10 artistes qui tournent en ce moment sur ta platine?

J’ai toujours eu un oeil sur Jay Z, les productions sont peut-être limitées mais il reste un putain de lyricist. J’écoute Kingdom Come, Nas arrive avec Hip hop is dead, ce qui est plutôt marrant parce qu’on a enregistré notre version il y a deux ans et on a eu des emmerdes pour avoir fait la même déclaration, mais j’adore le single, Anthony David est ma dernière trouvaille soul. J’ai déterré quelques-uns de mes vieux Biggie Small (un autre surnom de Notorious Big – ndt), j’adore son humour et son flow décontracté. J’ai eu aussi un petit débat avec Robot Koch à propos des groupes de metal et hardcore qu’on écoutait avant… j’ai donc ensuite déterré des morceaux de Napalm Death, The Exploited, Henry Rollins et les Misfits… C’est une bonne poussée d’adrénaline là dedans. J’ai écouté l’album solo de Thom Yorke – vraiment bon. Comme je l’ai dit auparavant le nouveau Stereotyp est immaculé, une sorte de deep soul sombre. J’ai eu la chance d’écouter des morceaux du nouveau Jahcoozi – c’est une tuerie !! Gnarls Barkley, Zap Mama, Jamie Lidell the remixes, la nouvelle compilation dubstep de Maryanne Hobbes est torride !!!

Traduction: dClem

Interview par Demokrite
le 19/01/2007

Tags : RQM

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