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Jan Jelinek

: Temple



sortie : 2013
label : Faitiche
style : Musique concrète

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Tracklist :
01/ Temple
02/ Helmut Schmidt plays Bach
03/ Helmut Schmidt plays Bach (dub)

Temple de Jan Jelinek est le dernier épisode d'une quadrilogie de mini-LP sortis sur son propre label Faitiche. Un joli bordel organisé, agglomérant des pièces de tous ordres, tirées des tiroirs du laboratoire du musicien de Darmstadt : collaborations impromptues, captations live, pièces pour spectacles vivants et matériaux inédits. Le tout empilant joyeusement les non-concepts et les théories philosophiques, pêle-mêle, comme autant de lectures contradictoires et fantasmées d'une œuvre profondément ludique, obsédée par la fonctionnalité pure de la musique électronique et la contamination des supports. Une gageure pour le chroniqueur comme pour l'oreille avisée, menacés de se perdre tous les deux dans cette nébuleuse de genres et de sous-textes.

C'est pourtant pour l'auditeur de 2013 l'occasion de remettre les pieds dans l'œuvre foisonnante de Jelinek, douze ans après la sortie de Loop-Find-Jazz-Records, son chef d'œuvre séminal demeurant jusqu'à aujourd'hui une définition totale et indépassable du click'n cuts, ce moment révolue de la musique électronique du début des années 2000. C'est aussi, loin de la microhouse qui fit le succès de ses disques suivants, l'opportunité d'embrasser ses influences les plus récentes : de la musique concrète aux improvisations pour synthétiseurs modulaires (voir les disques d'Ursula Bogner et Groupshow) en passant par les boucles ronflantes et motorisées du krautrock.

Influences omniprésentes en particulier sur la Face A de Temple, où figure un nouvel extrait de la bande-son que Jelinek conçut pour la chorégraphie Fragment - Volume I de Sylvain Émard (deux autres vignettes figurant sur le LP Music For Fragments paru en 2012). Temple donc consiste en un enchevêtrement compressé d'ondes brutes et grésillantes. Un balais minimale de près de 10 minutes, tendu comme une ligne à haute tension, où la lente et imperceptible évolution de la composition se heurte à des fréquences tressautantes et insidieusement entêtantes. C'est une pièce autiste, concentrée sur elle-même et sa propre métamorphose, qui fait penser au travail de Rehberg remixé par un pionnier de la bidouille sur oscillateurs analogiques!

D'une face à l'autre, la musique de Jan Jelinek semble se renverser sur elle-même. Brutale rupture contextuelle et esthétique qui nout met sans prévenir en présence du mystérieux compositeur de musique moderne Helmut Schimidt (sic). A n'en pas douter un nouveau canular fumeux dont Jelinek a le secret (savez-vous d'ailleurs qu'on le suspecte lourdement d'avoir créé de toute pièce l'icône Ursula Bogner!). Voilà donc un homonyme bien suspect du fameux chancelier allemand social-démocrate. Une entité flottante et anonyme propulsée nouveau membre émérite du Gesellschaft zur Emanzipation des Samples (G.E.S.), le front de libération des samples créé tout aussi malicieusement par Jelinek il y a de cela deux ans. Une association "sans membres réels et sans manifestations" dont le but est de subvertir la tyrannie juridique exercée par les belligérants des droits d'auteurs de la pop music sur les artistes contemporains. Un parti qui possède néanmoins une bible (Pop'eclectic de Bernard Parmegiani), un manifeste (lisible sur Faitiche) et même un programme musical (disponible à la même adresse!).

La pièce d'Helmut Schmidt (sic, encore une fois) fonctionne comme une illustration de la doxa du G.E.S.. Outre l'idée que les artistes au sein de ce collectif paient une sorte de côtisation-assurance annuelle pour couvrir les frais d'éventuelles attaques pour détournement caractérisé du droit d'auteur et puissent ainsi continuer à échantillonner en toute liberté, le G.E.S. conseille d'enregistrer les morceaux et les extraits de musique sous copyright en les diffusant dans l'espace public. Prise ainsi au milieu des rumeurs et des bruits parasites des lieux de la vie quotidienne, la musique, qu'elle soit reconnaissable ou non, semble capturer presque par hasard, sans réelles préméditations, par un amateur de field recording passé là en dilettante. Difficile alors de juger de l'intentionnalité de celui qui, au milieu du bazare sonore d'une fête foraine, enregistre comme par erreur une chanson de Bruce Springsteen, comme le soulève de manière plus ou moins pertinente Jan Jelinek dans sa note inaugurale du G.E.S..

Ainsi Helmut Schmidt a-t-il enregistré et réenregistré dans des stations balnéaires jadis fréquentées par la haute-bourgeoisie germanique (Genève, Baden-Baden et Hambourg) des morceaux de Bach (il faut croire le livret sur parole) rendues méconnaissables par le nombre des captures successives. L'ironique Helmut Schimidt Plays Bach, fruit de cette trituration acharnée, est une longue dérive répétitive proche de la musique concrète. Un morceau mutant et hautement narratif construit autours d'itérations rythmiques et de nappes chuintantes, traversés de bleeps accidentels et de bruitages synthétiques. Des éléments qui prennent lentement le pas sur le squelette du morceau, tournant autours, le réduisant à néant avant d'amplir tout le spectre sonore et de se résoudre dans un field-recording de rue, anecdotique et perdue dans le temps et l'espace.

Quand se termine la courte out-track Helmut Schmidt Plays Bach (dub), la boucle paraît bouclée. Et si Temple n'est pas le chef d'oeuvre espéré des années de mâturité de Jan Jelinek, Il invite toutefois à se replonger dans les trois épisodes précédents Music For Fragments, PrimeTime et Do You Know Otahiti? (avec Masayoshi Fujita) pour continuer à prendre la mesure de la vertigineuse diversité et de l'originalité de l'oeuvre récente de l'allemand. Et peut-être renouer avec elle.



Chroniqué par Mickael B.
le 06/11/2013

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