L'Angleterre, royaume du dubstep dont la fertilité à l'égard de cette musique n'est plus à prouver, vient d'accoucher d'un nouveau talent. On ne sait pas grand chose de
Clubroot. Le type déboule comme ça, les mains dans les poches, sans même avoir pris la peine de lâcher quelques EPs sur son passage. Une fois n'est pas coutume,
Clubroot arrive sur la scène dubstep par la grande porte : avec un LP. Et le plus étonnant, c'est que cet LP, il tient furieusement bien la route.
Les premiers qui en ont parlé sont unanimes sur le sujet.
Clubroot, c'est un peu comme
Burial. Moi, je n'aime pas
Burial. Non pas que je trouve
Untrue mauvais, mais je n'accroche pas au style : les rythmiques brisées, les "voix r'n'bisantes", pour reprendre le mot juste d'un collègue. Or, de ces traces de fabrique, on n'en trouve pas tant que ça dans la musique de
Clubroot. Sur
Talisman, essentiellement. Du reste, il est vrai que la façon dont sonnent certains synthétiseurs peut faire penser à une voix – ou alors ces voix sont travaillées de manière à ce qu'elles paraissent complètement synthétiques. Mais rien qui puisse m'agacer autant que dans la musique de
Burial. Non, si il faut se prendre au jeu des comparaisons, ce sont plutôt certains titres d'
Headhunter qui me viennent à l'esprit. Un dubstep aux basses étouffées, au champ stéréophonique particulièrement soigné. Des synthétiseurs qui vont de doux à mi-doux, sans jamais se laisser tenter par la facilité : le bon gros wobble qui tâche – mais qui, il faut bien l'admettre, fout toujours autant la trique en live.
Avec
Clubroot, c'est du dubstep quatre étoiles qu'on nous donne en pâture. L'album ne jouit pas seulement d'une production irréprochable. Il a cette subtilité, cette finesse que l'on trouve parfois dans les meilleurs albums d'ambient. Chaque son est manipulé avec méticulosité, chaque plage de synthé s'élève avec douceur, nous caresse les joues telle une brume que l'on surprend en train de se dissiper dans les premiers rayons du matin. Rien n'est évident. Les mélodies se laissent deviner par un jeu de juxtaposition (
Serendipity Dub). Et quand elles disparaissent, ce n'est que pour mieux laisser l'ambiance de la composition nous pénétrer (
Nexus).
Avec une affaire aussi bien menée, le minimum serait que
Clubroot se taille une place aux côtés de ses compatriotes britanniques de renom. Mais commençons déjà par apprécier la galette qu'il nous offre. On verra la suite plus tard.