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Rhâââ Lovely

: Édition 2006



Notre compte rendu

Pour certains, ce samedi 8 avril 2006, le bout du monde était un nom propre : Fernelmont et l’objet de leur impatience, un festival qui s’y déroulait pour la septième fois : Rhâââ Lovely. Sans véritable tête d’affiche, la programmation n’en était pas moins excitante. Et, entre découvertes et artistes déjà reconnus, la journée devait tenir toutes ses promesses.

Au programme et dans l’ordre de passage, le festival ne proposait rien de moins que :

I love sarah (Belgique)
V.O. (Belgique)
Absinthe (Provisoire) (France)
This is your captain speaking (Australie)
Charlottefiled (Grande-Bretagne)
Picastro (Canada)
Deerhoof (USA)
Grails (USA)
31 Knots (USA)
Piano Magic (Grande-Bretagne)
65daysofstatic (Grande-Bretagne)

L’alternance des concerts entre deux scènes permettait de ne rien manquer de la programmation. On n’aura pas tout vu, mais on aura quand même assisté à des temps forts, voire à quelques apothéoses qu’un son de grande qualité aura rendues possibles.

La musique d’I love sarah se joue, pour jouer au jeu des références, quelque part en Berg sans nipple et Room 204. Le duo guitare/batterie + dispositif électronique semblait donner le ton du festival : croisant les influences, laissant le bruit submerger la musique, tissant des rythmiques syncopées avec des riffs de guitare plus linéaires, inventant des reprises improbables pour une sorte de dance explosive.

Absinthe Provisoire est manifestement toujours atteint de ce syndrome dont l’auteur leur est cher : Gilles de la Tourette. Ouvrant leur concert avec Kocka, titre qui prend sur scène une dimension théâtrale incontestable, les musiciens sachant se faire peut-être plus que récitants, acteurs, leur post-rock est avant-gardiste, toujours plus fou, violent, torturé, élégant, comme impossible à interrompre, une sorte de logorrhée musicale, ravageuse. Et puis, c’est la coupure de courant qui avorte Kocka, les musiciens continuent à jouer comme plongés dans leur musique. Mais, le courant ne reviendra jamais pour Absinthe. Alors, plutôt que de quitter la scène en artistes vaincus, ils préfèrent s'amuser : ils rangent leur guitare, se regroupent autour de la batterie, imaginent une version destroy du disco, l’un rajoutant quelques touches de human beat box, pendant qu’un autre se fait chanteur de variétés internationales. Le cœur n’y est plus, c’est certain, mais la présence, elle, demeure, intacte, malgré tout. Absinthe (Provisoire) est un grand groupe, dans ces moments terribles autant que dans les autres.

Picastro est un groupe de post-pop, si l’on peut dire. Si leur musique n’est pas forcément très originale, d’autres ont déjà exploré les mêmes voies, elle est terriblement efficace. Toutes mélodies dehors, qui portent la voix de la chanteuse, un violoncelle irréprochable en soutien, entre basse rythmique et excursions dans un domaine proche de Silver Mt. Zion. Toutefois, le groupe souffre d’un défaut qui n’a rien de musical, mais qui réside dans l’absence presque totale de présence sur scène, les musiciens se contentant de fixer leur pied. Attitude shoegazing pour le moins surprenante pour un groupe dont les aspirations sont principalement pop et acoustiques…

Grails a pris, depuis la parution de leur Interpretations Of Three Psychedelic Rock Songs From Over The World dans la série Latitudes, un tournant psychédélique. Sauf que leurs interprétations n’ont rien de répétition à l’identique. Il y a bien plus que ça dans leur approche de la musique rock des années 1970 : quelque chose comme une œuvre qui se situe dans un champ laissé ouvert à la musique dans ce qu’elle a de plus libre, de plus improbable, comme si la distance entre les 70’s et ce début de XXI ème siècle n’existait pas, comme s’il était possible de jouer avec une vigueur et une fraîcheur rares des titres qui commencent pourtant vraiment à dater. Sans doute, cela est-il possible parce qu’on ne cherche pas une hypothétique origine mais, parce qu’œuvrant dans le champ infini des interprétations, on peut aborder la musique sans aucun complexe. Servie par un son parfait et puissant, la musique de Grails laisse libre cours à ses larsens maîtrisés, alternant les riffs de guitare avec les lignes de piano impeccables. Du banjo en ouverture aux breaks de batterie, le groupe parvient à un synthèse parfaite entre Redlight et Interpretations…. Grails est à son meilleur ; — c’est audible.

Sur scène, 31 Knots se révèle être un groupe surpuissant, comme jamais on a pu les entendre sur disque. Perfection technique, voix noble, la section rythmique encense plus qu’elle ne soutient les lignes de guitare. Les chansons sont transcendées par l’interaction avec le public, Joe Haege (guitare + voix) se révèlant être un authentique showman, dans le sens le moins vulgaire du terme, qui sait jouer de sa personne pour transmettre la musique. Plus encore qu’en studio, 31 Knots s’avère incontournable sur scène.

Avec un peu de recul, on se dit qu’on ne pouvait rêver meilleur dénouement à ce marathon musical que 65daysofstatic. Le volume sonore n’est rien comparé à l’impression que dégage le groupe : tout comme ils effacent avec jubilation les frontières entre electro et post-rock, il ne semble monter sur scène que pour tout balayer sur son passage, exploser les limites de l’intensité, faire céder les résistances auditives. Pour un groupe de rock, la scène est le test ultime. Pour un groupe qui intègre l’electronica dans sa musique, l’exercice peut se révéler périlleux, les machines pouvant prendre le pas sur les instruments. Et, sans l’ombre d’un doute, 65daysofstatic a réussi à allier la force performative du rock avec la modernité de la musique électronique.

On ne saurait que louer les organisateurs de Rhâââ Lovely 2006 non seulement ils ont entendu juste, mais ils ont encore su le faire entendre aux quelque 600 personnes présentes, faisant de ce festival une véritable réussite.


par Jérôme Orsoni
le 15/04/2006

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