Il est loin, le temps où
Amon Tobin faisait du mélange de jazz et de jungle sa marque de fabrique. Le brésilien n'a cessé de brasser les genres, de multiplier les expériences, de se réinventer pour chaque album.
Two Fingers est le nom du nouveau projet qu'il vient de monter avec
Doubleclic. Qui est
Doubleclic ? Mystère. Son casier se résume à un petit EP de drum'n'bass et un morceau co-produit avec
Tobin ; pas de quoi jauger l'apport du bonhomme au sein duo.
"Quand nous nous sommes rencontrés il y a une dizaine d'années, nous nous sommes découvert un goût commun pour la jungle et les beats à la Timbaland, Missy Elliott, ou The Neptunes" explique
Doubleclic. Contentons-nous donc de ça pour justifier l'origine du projet.
Two Fingers est un album de hip-hop :
Amon Tobin à la sauce bling-bling. Si le son du brésilien est clairement reconnaissable, le duo a fait le choix de le garder en retrait.
"Nous produisons des chanteurs, continue
Doubleclic, ce qui veut dire que nous travaillons pour eux et, par conséquent, que nous les mettons sous les feux de la rampe. Nous ne voulons pas que notre musique empiète sur leur voix." Trois MCs ont été conviés :
Sway, pour la rapidité du phrasé ;
Ms. Jade et
Ce'Cile, deux voix féminines pour contrebalancer le gros son.
Sway se taille la part du lion ; il intervient sur la moitié des morceaux.
Sway me fait penser à ces MCs de drum'n'bass dont la place se justifie par le seul fait qu'ils savent aligner une série de syllabes en un temps record. Autant dire que cela devient vite agaçant. La participation de
Ms. Jade, dont le flow n'est pas sans rappeler celui de
M.I.A. ou de
Missy Elliott, est quant à elle un peu plus rafraîchissante.
Que tirer de
Two Fingers ? Pas grand chose, et c'est bien là le drame. La performance des MCs n'étant pas franchement extraordinaire, on arrive vite à n'écouter le skeud que pour la production qui les porte. Le problème, c'est qu'elle reste en toile de fond, et que le travail d'
Amon Tobin s'apprécie tellement mieux lorsqu'il s'offre seul. Il serait hasardeux de conjecturer ce premier jet comme la preuve que sa musique ne se prête pas au genre d'exercice, mais il faut reconnaître que
Two Fingers reste désespérément mou en comparaison d'autres productions mélangeant aussi rap et IDM. Rien d'enthousiasmant, donc, à l'horizon.