Steve Albini — à supposer qu’il en fût jamais une (je ne répondrai pas à cette provocation) — n’est plus vraiment ce qu’on peut appeler une référence en matière d’ingénieur du son. On peut
louer ses services à la journée et certains disques qu’il a enregistrés (on pense notamment au dernier
GY!BE) posent vraiment la question de savoir s’il apporte quelque chose aux groupes avec lesquels il collabore à part ce qu’il semble être devenu : une marque de fabrique, un peu kitsch et que les meilleurs groupes français ont bien raison de s’approprier et de détourner (on pense à
enregistré par steve albini).
Aussi, l’alliance
Mono + Steve Albini a de quoi interpeller, si ce n’est effrayer : le groupe le plus poseur de la scène post-rock avec la marque déposée en chair et os du son de Chicago pourraient-ils produire autre chose qu’un monstre ?
Peut-être.
Quoiqu’on soit en terrain bien trop connu pour en juger réellement. Sur
You are there, tout est couru d’avance à tel point que l’on peut honnêtement se demander s’il est nécessaire d’écouter ce disque pour le connaître. Tout jusqu’aux références internes que tissent le titre de l’album et le titre d’une chanson :
Are you there ? (question à laquelle la réponse subtile a déjà été donnée : You are there !).
Au dix-neuvième siècle, ceux qui faisaient tourner les tables posaient une question de ce genre : « Esprit, es-tu là ? ». Ils avaient au moins l’intelligence de ne pas y répondre eux-mêmes, attendant l’esprit qu’ils appelaient pour le faire. D’esprit,
You are there en est totalement dépourvu. Et, l’on préférerait croire que l’on est à l’écoute d’un Dj-set, faisant tourner les tables du post-rock, et non d’une œuvre soi-disant originale. Car, si c’est ça le “post-rock”, alors autant dire tout de suite qu’il est bel et bien foutu.