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Thee Silver Mount Zion Orchestra & Trà-là-là band + invités

: @ Tulipe - 20/03/2008



Notre compte rendu

Montréal, mars 2008. Un hiver mémorablement trop long, le tout paré de rythmes dont il est difficile de savoir s’ils sont vraiment underground, à coup de We Are Wolves et autres succédanées des Hives ou de Franz Ferdinand. Dur pour l’amateur de musiques expressives et émotionnelles comme le post-rock de prendre soin de ses oreilles. La première partie du concert de Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra and Tralala Band, a été propice à ce genre de constat trop pessimiste et tranché face à ces modes qui apparaissent et disparaissent aussi vite, ce qui est peut-être aussi lié à cette attitude critique et condescendante des plus « branchés » du public et des critiques montréalais. Première partie (Anemones) qui, justement, consistait ni plus ni moins en un « The Doors revival », avec la mégalo vide du chanteur en plus. Mode d’emploi pour ceux qui ne peuvent se contenter de ces musiques « in » zébrant Montréal, qui parfois confondent répétitivité et monotonie inspiratoire ou alors redite et plagiat, et sur lesquelles on parle, surtout pendant un concert.



Signalons tout de même que le concert était sold out, ce qui prouve que malgré une claire baisse de régime dans l’apparition de ce qu’on pourrait espérer être la relève du « post-rock » (qu’on ne doit pas forcément espérer à Montréal même, mais aussi ailleurs), les icones comme Do Make Say Think et A Silver Mount Zion rassemblent encore des foules et imposent de reconnaître, malgré l’essoufflement du post-rock subissant lui aussi l’effet de la mode, la création d’une « manière » dont la valeur en tant que style est indéniable et mérite de ne pas être qu’une mode éphémère. Encore une autre manifestation de cette admiration générale durable : le silence dans la salle pendant le concert, chose très rare ici.



En live, l’ambiance musicale du nouvel album peut apparaître comme un mélange de Horses in the sky et de He’s left us alone..., au sens où les effets émotionnels peuvent aller autant dans une mélancolie particulièrement sensuelle – dont le groupe a le secret – que dans l’expression d’une sorte de joie et d’enthousiasme ascensionnel généralisé qu’il serait difficile de ne pas définir en termes religieux. En tout cas, le problème n’est pas de dire « ce » que provoque cette musique, en termes d’émotions, ce qui permet d’en apprécier silencieusement la richesse et la variété dans la diversité des ressentis. Le fait est que A silver mount zion propose une musique qui prétend encore utiliser les élans symphoniques : une nouvelle mouture plus « musique de chambre », deux violons, violoncelle, contrebasse, basse, batterie, avec la seule guitare d’Efrim, les techniques harmoniques classiques et romantiques, et des structures inhabituelles, mesures étirées, en 7/4, en 9/4 (dans le deuxième mouvement « délirieusement » hypnotique de 13 blues for 13 moons), et en ternaire aussi, pour donner des moyens mélodiques inhabituels et envoûtants. Et ceci en se présentant sous un jour extrêmement accessible, et non élitiste. Cette structure classique se retrouve aussi dans la capacité d’harmoniser voix et cordes sans qu’aucun ne prenne une place indue sur l’autre, ce qui transparait en live dans la connivence des membres du groupe et l’enthousiasme par rapport à ces montées en intensité et en harmonies auxquelles ils se livrent d’une manière très vraie et très engagée, que ce soit dans l’expression des visages ou les mouvements des corps sur les instruments oscillant entre les limites de la tendresse et de la violence. Cette esthétique est justement secondée par cette présence émotionnelle qui n’est pas seulement dans la musique et ses crescendos, mais aussi dans le coté tribal, la disposition en cercle ouvert des musiciens, ces mots scandés et relancés comme des incantations et ces unissons dont le premier, sur 13 blues for 13 moons, était celui de tous les instruments, puis dans ces chants collectifs qui concluent souvent les morceaux (BlindBlindBlind), s’étirant dans le temps en une joie de la scansion tribale jusqu’à faire sourire autant les violonistes que les spectateurs. La manière très modeste de commencer les morceaux est aussi une invitation à se sentir chez soi dans ces jeux musicaux originaux : une boucle mélodique ou de basse, une phrase qui sera répétée tout au long du morceau, et des variations subtiles, venant du fond de chacun, un peu comme un cadavre exquis, ou un jeu qui consisterait à se passer des relais pour élaborer la construction collective de ce qui était au départ une petite ritournelle.



L’effet est donc peut-être moins religieux que celui d’une main tendue, pas au sens mystique du terme, mais au sens d’offrir au public une originalité accueillante et unissante, qui permet de scander ces paroles incantatoires comme autant de moyens de réfléchir et ressentir l’appartenance de tous, artistes et spectateurs, à une nouveauté qui salue autant les émotions communes que les racines musicales dont elle émane. Lever les yeux vers l’inhabituel et s’y sentir chez soi, c’est l’effet A Silver Mount Zion.



par Lou
le 22/03/2008

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