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Kieran Hebden & Steve Reid + 2 kilos & more

: @ Café de la Danse - 13/05/2006



Notre compte rendu

Concert lumineux : les deux groupes en présence ont éclairé chacun à leur manière l'interrogation suivante - d'où vient cette infinie possibilité d'innovation qui caractérise la musique ? Et surtout, comment se fait-il que chacun ressent de manière assez semblable d'un coté ce qui porte une vraie nouveauté, et d'un autre ce qui est complètement inepte, artificiel et vain ? Pour faire de la nouveauté, à un moment où les technologies semblent parfois avoir épuisé un très grand nombre de leurs possibilités, un des horizons les plus appropriés consiste à miser non sur l'inventivité de chaque interprète dans sa pratique, indépendamment des autres, mais plutôt sur l'effort consistant à créer (ou à se laisser guider par, selon la dose de " Génie naturel " qui est donnée au départ), par une inspiration plus collective, un dynamisme qui emporte tous les membres du groupe vers une totalité audacieuse, en tant que mise en perspective de plusieurs esprits, ce qui est normalement presque impossible, mais pourtant réalisé le temps d'un projet musical. C'est justement ce qui manquait aux deux membres de 2 kilos & more, qui semblaient atomisés dans une recherche que chacun ne pouvait mener à bien indépendamment de l'autre. Dans ce cas-là, il aurait fallu opter pour la perspective solo, mais elle appelle un bien autre effort que cette recherche de fourmi discrète dans un univers de sons qu'on ne vit pas : c'est un effort sur soi qui constitue une sorte de dépassement proche de la folie ! … Une sorte d'enfance, de désapprentissage total, mais maîtrisé, puisqu'il faut que tout ce désordre volontaire se limite dans un certain temps, celui d'un morceau. L'exaltante partie de plaisir entre Kieran Hebden et Steve Reid qui s'est produite après, permet justement de se faire une idée de ce qu'on peut atteindre en osant mettre ensemble un improvisateur dont le monde musical est déjà très mature en solo, et un esprit chargé de traditions monumentales follement entremêlées ; deux temples, qui se suffiraient chacun à eux-mêmes, et qui ensemble synthétisent dans une candeur rafraîchissante et une collaboration sincère autant que spontanée, l'innocence d'une musique qui trouve encore un autre moyen de s'absoudre des règles. Devant un tel spectacle, où non seulement les maths ont perdu leur empire sur le rythme, mais aussi où la technologie ne se fait plus contrainte et outil de professionnel, mais jouet qu'on peut malmener à l'extrême, on se rend compte que la fertilité de la création musicale ne réside pas tant dans l'augmentation des compétences ou de l'innovation - technologiques ou sonores - que la manière de l'appréhender, avec l'imprévisibilité d'un… gosse. Apprécier le groove d'une rencontre improvisée entre une mélodie samplée, déformée, concentrée jusqu'à se faire pulsation saccadée, névrotique, acharnée, et une batterie subissant la transe inspirée d'un batteur ramassant dans son immense sourire et son enthousiasme obnubilé toute la pratique du rythme depuis des siècles… Plonger dans le jeu insouciant d'un calme climat qui se tord, et se retourne, et s'inverse, et se fragmente… jusqu'à devenir comme une représentation - version amplifiée - de tous les sons, pulsations, flux, sursauts, à-coups, des organismes de chacun des membres du public, comme transmis aux deux artistes et renvoyés au centuple au public. Reconnaître, comme une image ludique, un semblant de mélodie plutôt facile à écouter, et la sentir exploser en un grand éclat de rire sur les visages de Kieran et Steve, des deux enfants du rythme et de l'improvisation, qui maquillent la rigueur rythmique en libération, et parviennent à rester en permanence sur le fil tendu au dessus du chaos de la cacophonie anarchi…ste. Plus qu'une cure de jouvence, Kieran Hebden et Steve Reid nous appellent à ce qui transparaissait dans les concerts de Richie Heavens : une sérieuse insouciance, un jeu concentré autant que joyeusement libre, une appréhension de la musique comme concentration de liberté et d'infini sur quelques minutes - et tout cela sans mot. Silence - Kieran et Steve rient en chœur d'une musique enfin juvénile.

par Lou
le 20/05/2006

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