La jeune
Soap & Skin, nom de scène de la chanteuse et musicienne autrichienne Anja Franziska Plaschg, fait partie de ces artistes pour lesquels la musique demande une véritable ascèse. Travail sur soi nécessaire pour harmoniser ses deux influences principales : la musique classique et la musique électronique. Célébrer des noces entre
Rachmaninov et
Björk, tel est le pari fou de
Soap & Skin, de son premier album sorti en 2009 (
Lovetune for vacuum) jusqu'à
Narrow sorti cette année, dans lequel elle mettra plus en avant ses influences électro.
Il en résulte un objet musical difficilement classable. Les mélodies au piano peuvent à la limite faire penser à certaines musiques pop ou même de variétés. Ce serait sans compter les sonorités électroniques qu'elle y mêle et qui subvertissent cette première couche musicale. La voix de Anja et l'atmosphère qui s'en dégage, entre angoisse, mélancolie et recherche de sérénité, finissent par bouleverser cette première approche. Une création qu'il faut donc situer entre mélodies pop et sonorités plus dark. Comme toute personne qui découvre sa musique, j'ai fait avant tout une expérience musicale en écoutant les albums de
Soap & Skin.
Et c'est bien cet aspect expérimental qui sera mis en avant durant son concert. Avec un début effréné, Soap & Skin se livre au bord du public, en remplissant la salle de sons électro avec
Big Hand Nails Down, avant de prendre place au piano pour une série de chansons plus calmes.
Cry Wolf,
Cradlesong et
Vater montrent toute la douceur de la voix de Anja, douceur soutenue par des mélodies subtiles et minimalistes au clavier, douceur dont la reprise au piano de
Voyage Voyage de
Desireless sera la démonstration la plus éclatante. Pourtant, cette longue plage musicale plus sereine sera volontairement déchirée par un intermède instrumental dans lequel piano, sons électro et une lumière rouge diffuse s'allient pendant quelques instants, pour donner une atmosphère quasi satanique au spectacle, avant que celui-ci ne reprenne sur une série de douces mélodies. Maniant avec une grande rigueur l'art de conduire son public, Soap & Skin ferme sa boucle et, au terme de ce parcours,
Deathmental reviendra à des sonorités beaucoup plus électro, Anja rejoignant sa position initiale au devant de la scène.
Après cette fin explosive,
Soap & Skin jouera pour un seul titre en rappel. Mais donner tant d'émotions en chantant
Pale Blue Eyes du
Velvet Underground a cappella remplaçait tous les autres titres qu'elle aurait pu jouer.
Photo:
Patrice Vibert