Il fallait bien un cadre comme celui que propose la
Cité de la Musique à Paris pour accueillir les anglais Tom Jenkinson et
Evan Parker. A musiciens d'exception, scène de prestige donc.
Après une première partie à laquelle je n'ai pu assister, le grand
Squarepusher arrive, basse en main. Si sa tenue ne fait pas dans l'extravagance, la teneur de son solo en est bien vite toute autre. Accroché à son instrument de prédilection, il enchaine les expérimentations les plus folles, passant du calme à la tempête en une fraction de seconde. Si ses doigts dansent avec grâce , il semble pourtant parfois perdre le contrôle de son corps. Sa musique, suintant le groove et toujours mélodieuse, est difficile à cerner; la faute à des structures ultra complexes, quand structures il y a. Un peu à la manière d'
Autechre en électronique.
Pour la fin de son solo, il envoie l'auditeur définitivement dans les cordes, poussant à l'extrême les capacités de sa basse. On retrouve alors le chaos d'
Ultravisitor et de ses tracks apocalyptiques.
Sous un tonnerre d'applaudissements, il cède sa place au free saxophoniste
Evan Parker, un des pionniers du genre, qui ne jouera seul qu'un unique morceau. Mais quel morceau ! 20 minutes d'une ritournelle ennivrante à la clarinette. Morceau dont la structure n'est d'ailleurs pas sans rappeler les productions minimalistes de Steve Reich. Malheureusement, pour un non-initié comme moi, ces 20 minutes ont paru bien longues.
Pour la fin du spectacle, les deux artistes se rejoignent, chacun y allant de son expérimentation tout en restant dans la rythmique de l'autre.
Une fois la performance "digérée" et avec un peu de recul, je reste sur un sentiment doux/amer car j'ai plus été impressionné que je n'ai réellement apprécié . Néanmoins, cela m'aura permis de voir à l'oeuvre ce grizzli de
Squarepusher et de découvrir le jazz sous un autre angle. C'est déjà ça de gagné.