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Irreversible Entanglements

: Who Sent You ?



sortie : 2020
label : International Anthem
style : jazz / free-jazz

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Tracklist :
1/ The Code Noir / Amina
2/ Who Sent You – Ritual
3/ No Más
4/ Blues Ideology
5/ Bread Out of Stone

Quand nos vies algorithmiques nous cloisonnent dans des codes rigides. Quand les data-scientists et les neuromarketers prédisent nos envies. Quand il n’est plus permis de douter, et que l’affirmation devient la règle. Surgit alors cet instinct de vie, de vouloir prendre ce monde à revers. Questionner. S’échapper dans une direction spontanée, imprévue et surprenante. Casser les murs et courir. Courir sans autre direction que celle dictée par nos émotions, volatiles et éphémères. C’est toute l’essence du free-jazz de ce groupe américain, Irreversible Entanglements ("Enchevêtrements Irréversibles" en anglais), qui revient en 2020 avec un deuxième album intitulé Who Sent You ?. Une réclamation qui ne nous lâche pas tout au long de ces 5 titres, à travers la voix de Camae Ayewa et la musique de ses acolytes.

Dès l’entame de l’album avec le titre The Code Noir / Amina, le ton est donné. La basse puissante de Luke Stewart, accompagnée par la batterie énergique de Tcheser Holmes ainsi que les cuivres d’Aquiles Navarro (trompette) et de Keir Neuring (saxo alto), préparent l’entrée en scène de Camae Ayewa (alias Moor Mother) et de ses textes engagés, posés sans émotions, comme pour mieux nous interpeller. Et lorsque sur le deuxième titre, Who Sent You – Ritual, l’intonation de Camae Ayewa devient un reproche, on comprend qu’on n’est pas forcément venu ici pour se détendre. Oubliez la musique sur ce morceau, c’est un vrai rituel d’ayahuasca. Une hallucination auditive pendant 14 minutes. Une exploration de ce qu’il y a de plus mauvais dans nos âmes… un free-jazz dissonant, qui nous met mal à l’aise et nous enfonce… où la voix de Moor Mother nous guide tel un chaman, pour mieux extirper nos pêchés. Une fois cette expiation passée, nous pouvons reprendre notre voyage du doute. Les titres, No más et Bread of Stone nous rappellent à quel point un nouveau jazz est en train d’émerger au sein de la jeunesse mondiale. Une musique libre, loin des patterns rigides et des VST numériques de Fruity Loops. Un jazz aux multiples influences, ayant pris racine à Londres avec Shabaka Hutchkings et ses complices, et qui s’étend désormais au monde entier.

Il pourra ressortir de ses 43 minutes, un surplus de gravité un brin racoleur de la part du quintet. Le titre Blues Ideology vient sûrement ajouter à cette pesanteur. Mais peut-on leur en vouloir de s’être fait submerger par leurs émotions, eux qui avaient tant de choses sérieuses à nous dire. Irreversible Entanglements a décidé de faire du jazz engagé, politique et novateur, et ils le font bien, avec rage et brio. Cet album nous invite à l’introspection collective. Comme une réponse à la violence symbolique de nos sociétés, à la vulgarité de nos dirigeants et à la technostructure qu’ils enfantent. C’est ainsi que s’écrit la musique de Irreversible Entanglements, libre et spontanée : « on monte sur scène sans plan pré-écrit et on navigue grâce à une communion profonde et télépathique et ce lien qui nous unit les uns les autres ainsi qu’aux histoires que l’on veut raconter ; on explore des territoires connus et inconnus et on parvient à la fin ensemble » (Camae Ayewa).



Chroniqué par Julien
le 03/05/2020

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