Moderat : groupe-valise issu de la rencontre de deux poids lourds du label
BPitch Control (et de la scène electro en général).
Apparat (
Sascha Ring) et les
Modeselektor (
Gernot Bronsert et
Sebastian Szary) se rassemblent pour un deuxième album officiel, après
Auf Kosten Der Gesundheit, en 2003. Depuis lors, chacun a suivi son bonhomme de chemin.
Apparat a sorti dernièrement
Walls, où s’accouplent pop électronique et IDM légère, tandis que
Modeselektor poursuivait une évolution plus logique mais tout aussi qualitative, arrivant même à sauver le dernier album de
TTC, le temps d’un titre...
On reprend là où on les avait quittés, avec un morceau d’ouverture rappelant directement par le son et le titre les œuvres d’
Apparat de la période 2002-2003 (
Tttrial And Eror et le fabuleux
Duplex). La folie et la richesse de
Sascha Ring est quelque peu canalisée par le pragmatisme des singes numériques, qui mettent ces sonorités si particulières au service d’une entêtante ronde électronique. Le deuxième titre suit les productions d’
Apparat : nous voilà du côté de
Silizium et de sa pop encore très expérimentale. La rythmique reste marquée, les
Modeselektor doivent être en embuscade quelque part...
De fait, ils débarquent sur le bien nommé
Seamonkey. Quelque chose s’agite dans les profondeurs, l’atmosphère est oppressante. Les basses résonnent sous la surface du son et une machine crie au loin. Le titre est long et peut être répétitif, mais si l’on se laisser emporter, on découvre une atmosphère vraiment intéressante.
Cet abandon de l’auditeur au rythme de l’album sera le pré-requis pour apprécier la suite de l’album. Les morceaux
Slow Match,
3 Minutes Of, et
Nasty Silence poursuivent sur le même ton, mi-inquiétant mi-onirique.
3 Minutes Of se permet même, en milieu de parcours, une pause ambient brisant toute dynamique d’écoute et déroutant l’amateur de rythmiques complexes et d’IDM alambiquée.
Après le très moyen
Sick With It, l’album se clôt sur une nouvelle épopée où se mélangent post-rock, électro très classique et pop décharnée.
Difficile de deviner ce que cherchent les
Moderat avec cet album. On est souvent à la limite de l’exagération, sur le fil ténu de l’émotion qui peut basculer à tout moment vers le kitsch ou le gimmick caricatural. On n’appréciera pas forcément le résultat, mais reconnaissons tout de même qu’il y a là un vrai choix artistique en place de ce qui aurait pu être un vulgaire "worst of" des deux entités.