Celui-ci, Jérôme s'était dit : "Attention Jérôme, si j'étais toi, je tournerais sept fois ma plume dans mon code hmtl avant d'en dire mot". Et d'ajouter : "Jérôme, tu en as peut-être trop fait, tu sais, avec ce groupe. Jusqu'à épingler Steve Albini quand il se fait payer pour la session et qu'on te vend ça comme une collaboration underground. OK, tu les as vus sur scène et tu as cru en mourir. OK. On le sait. Mais, au fond, n'étais-tu pas un peu injuste ? Et, en ton for intérieur, ne te dis-tu pas le soir, avant de t'endormir : "Mon Dieu, mon Dieu, pardonnez-moi parce que j'ai commis le pêché de critique en disant du mal d'un groupe qui ne le méritait pas" ?".
Non, Jérôme n'avait pas pêché. Et, en son for intérieur, Jérôme ne se disait qu'une chose : "Tu as raison. Oh, tu n'as pas toujours raison, Jérôme. Non. Il arrive que tu te trompes. Oh oui. Et trop souvent même. Oui. Mais, non, Jérôme, tu ne te trompes pas : Mono est vraiment un très mauvais groupe". Qu'on se rassure tout de suite : Jérôme n'a rien contre la personnalité des membres du groupe (il jalouse évidemment leur succès, mais de cela, personne ne doute). Il n'a rien non plus contre les Japonais. Preuve en est d'ailleurs qu'il adore manger des udon. Non. En revanche, Jérôme a quelque chose contre la mauvaise musique en général et contre celle de Mono en particulier. N'était-ce que leur manque d'originalité, il n'y aurait sans doute nul problème. Tous les groupes ne sont pas originaux et nombre, malgré cette lacune, s'en sortent fort bien (Jérôme passe sur l'énumération). Ce qui heurte, a toujours heurté, et heurtera encore Jérôme, il le craint, c'est la lourdeur de leur musique. L'absence presque totale de renouvellement et l'absence totalement totale d'idées.
Qu'il y ait une esthétique du vide, oui, pourquoi pas ? Mais que le vide s'érige en esthétique : non. Le vide, c'est quoi ? Ici, c'est le glockenspiel pour commencer un morceau — mélodie répétitive bien sûr — une première suite d'accords de guitare qui s'attache à la même harmonie, ensuite, une deuxième guitare qui œuvre à reproduire des delays moyesques, des cymbales maillochées, des cordes (ou un mellotron ? un mellotron aurait fait l'affaire, ç'aurait même été plus chic) nécessairement mélancoliques avant que la saturation s'en mêle, tom basse sur lequel le batteur s'énerve. Break : guitare delay comme il y a dix ans GY!BE. Toujours les cordes. Ça traîne, un peu. On se dit tant mieux. Ou pas. Au bout de quelque huit minutes, le groupe se souvient qu'il est un groupe de rock. Et, alors, là, ça envoie. À fond. Les mailloches oubliées. Le delay toujours, mais saturé. Les cordes, aussi, mais au fond à droite. Le tempo ni le rythme n'ont changé. Ça joue un peu plus fort et un peu plus saturé, c'est tout. Ça leur suffit, il faut croire. Ça s'appelle : Ashes in the snow. Ça dure un peu moins de douze minutes. Le deuxième morceau est construit de la même manière. Le troisième, non. Il ne dure que six minutes, le groupe n'a pas eu le temps de bien développer son idée. Le quatrième morceau ressemble au premier, jusqu'en son titre : Pure as snow. Le cinquième morceau est plus court : quatre minutes, le guitariste joue un peu de guitare slide sur un fond de piano, de cordes et de glockenspiel. Le sixième tire son originalité de ceci qu'il atteint son apogée en son milieu, redescend puis remonte. Quant au septième, c'est un peu comme le premier, mais il ne porte pas le même nom.
S'il y a quelque chose d'immortel dans ce disque, c'est seulement sa médiocrité. C'est Jérôme qui le dit.