ENABLERS > Tundra
Disque à la beauté mate, comme cette voix grave, diction lente et démesurée, mixée sans la moindre touche de reverb, ou presque. Comme aussi ces guitares électriques, tendues en direction de la masse sonore à produire, de la mélodie à inscrire. Comme cette batterie qui, seule, soutient l'ensemble, pas le moindre artifice, pas même une force de frappe particulièrement saisissante, simplement une manière d'être là qui s'harmonise à la perfection avec l'ensemble.

Découverts sur scènes, Enablers. Comme il semble qu'il faille le faire puisque ce Tundra, leur troisième album, est seulement le premier enregistrement qui ne soit pas un live, mais un disque enregistré directement en studio. Et, pourtant, c'est l'intention du live qui le gouverne : manière de faire primer la spontanéité, le caractère quasi-automatique du rock, son second-naturel et ce, malgré l'équilibre fragile qui est installé entre la voix et le groupe qui martèle. Sur scène, ainsi, c'est la voix qui peut en pâtir, disparaître quelques instants sous la chape instrumentale. Sur disque, le risque n'existe pas, les techniques de production et de post-production le réduise à néant.

Or, il y a ces deux passages de The destruction most of all, lors desquels la voix disparaît. Ou plutôt, pas exactement, lors desquels la voix n'est presque plus audible parce que Pete Simonelli ne dit plus face à son micro, mais choisit de s'adresser hors-micro au auditeurs (ces passages sont traduits dans le livret par la mise entre crochets du texte à ces moments-là). Manières de faire entendre le risque qui plane toujours sur la musique, qui la hante, mais la constitue aussi, le risque que la voix ne soit enfouie sous quelque chose de plus puissant qu'elle, de plus fort qu'elle. Le risque que la voix, même amplifiée, étant toujours plus faible que la musique électrique, elle ne soit purement et simplement effacée. Mais, manière aussi peut-être de mettre le chant à l'abri et, le masquant, de le mettre en avant, d'attirer l'attention sur lui. Donc, pour le faire entendre : [What memories this bearing serves may proove too elusive, too slithery to isolate on command, but they will all eventually come to wait like patient donors] + [drink in hand, the faithful arts of will at his side. Only then can he walk from room to room and open doors to see that he doesn't wait behind them, poised to strike at the child he becomes again.].

Radicale, la musique d'Enablers l'est assurément, à l'image de cette manière de dire les textes propre à Pete Simonelli (on dira, pour suggérer, une sorte de version rapée et lente de Nick Cave — mais, ce n'est qu'une approximation). Mais aussi, ces riffs intriqués, lourds, mélodies qui se croisent ou grands accords lâchées (Carriage, Februaries, The achievement), masse compacte et puissante de laquelle éclatent avec force les dernières flammes de l'usage indépendant de l'électricité. Ou, à l'inverse, et par contraste sans doute : apaisée (A blues, Tundra, Four women, reprise déroutante ici, mais d'une rare profondeur de Nina Simone), se reposant des excès ou se préparant avant la lutte avec le mur du son. Moments qui sonnent particulièrement justes, cependant, faisant entre l'autre de cette poétique électrique défendue par Enablers.

Album inclassable, Tundra l'est forcément. Il est aussi indispensable.

Chroniqué par Jérôme Orsoni
le 08/12/2008

Four women
The destruction most of all


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Tags : Enablers, Rock, Indépendant


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Enablers > Tundra
Sortie : 2008
Label(s) : Exile On Mainstream Records
Distributeur : Southern Records
Style : Rock Indépendant

Achetez Tundra

Titres :
01/ A blues
02/ The destruction most of all
03/ Carriage
04/ New moon
05/ Februaries
06/ Tundra
07/ The achievement
08/ Kosovo
09/ Bells
10/ Four women
11/ Bonus Track




Audio :
Four women
The destruction most of all


Tous les albums de Enablers sur dMute :
- Tundra (2008)
- Blown Realms And Stalled Explosions (2011)
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