"...Et le ciel regardait la carcasse superbe,
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortait de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons."
Ces quelques vers extraits de Une Charogne de notre regretté poète Baudelaire, auraient très bien pu intégrer la pochette de Duntisbourne Abbots Soulmate Devastation Technique. Car à l'instar du poème précité, il intrigue par sa splendide noirceur, par son exacte capacité à faire du beau avec du laid. Plutôt orienté breakcore/IDM d'ordinaire, Mike Paradinas prend ici un virage électronica psyché sans oublier un côté indus évident.
Tel un magma électronique, cet album envoûtant fait la part belle aux ambiances orageuses (2CV), lourdes, souterraines. On imagine d'ailleurs très bien son auteur le composer au beau milieu d'une vieille forge, cerné par le boucan des machines et l'extrême chaleur se dégageant des matériaux en fusion. Certaines pistes ne sont d'ailleurs pas sans rappeler le Melodies From Mars d'Aphex Twin. (Duntisbourne Abbots, Eggshell)
Le terme illbient parait du coup approprié au regard de cet opus gluant, purulant, dangereusement naïf. Il faut dire que notre ami anglais réussi à réunir sur un opus la noirceur de Geogaddi (Boards of Canada), l'expérimentation de Draft 7.30 d'Autechre (Prongh Seemness) et les mélodies des Ambient Works d'Aphex Twin toujours (Painshill). Immersif à l'extrême, il évoque tour à tour la dépression, le chaos, la putréfaction et la mort, l'angoisse, l'horreur... d'ailleurs je ne peux m'empêcher d'avoir les mains moites à la rédaction de cette chronique. Comme si un poison s'infiltrait par mes oreilles et envahissait lentement chaque organe, chaque tissu de mon corps.
Pas vraiment jovial donc, Duntisbourne Abbots Soulmate Devastation Technique apporte au moins la possibilité de découvrir l'ambient music sous une autre forme que celle exercée par les Brian Eno, Pan American, ou encore Phonophani. Ou comment revisiter le spleen et la tourmente de notre ami Baudelaire en 17 leçons.