Pour qui n'aurait jamais prêté l'oreille aux productions de Julien Saurin aka
Cylence, ce qui suit risque d'être quelque peu imbitable. Pourtant, on appellera ça comme on voudra mais cette musique - qu'il s'agisse de ses instrus hip hop pour le rappeur varois
Sora aux musiques de film pour
Emmanuel Blanc en passant par ses créations à titre individuel - à la fois sans pesanteur ni légèreté, ne choisit pas vraiment son camp.
Cette logique entre deux eaux est d'autant plus tangible sur la dernière réalisation de l'artiste,
Taciturn songs, qui axe son approche sur le mélange de sonorités sombres et grinçantes (
Psychotic Symphony), entre pulsions cinématiques (
Desperate Breakthrough) et abstraites (
Thrice) jumelées à quelques velléités plus pop (
Rain and Cicadas). Il est bel et bien question là de la conception toute personnelle,réfléchie et posée d'une pratique artistique que bon nombre de faiseurs de sons se cantonnent à simplifier en de quelconques agencements hasardeux.
Et c'est bien de cela dont il est question ici : l'illustration sonore. 8 vignettes muettes élaborées au jour le jour, quand le quotidien le permettait. Fragiles comme sculptées dans du verre, voire carrément moulées dans son matériau originel, le sable.
Ses instrumentaux sont en effet comme fondés sur terrain meuble, parfois même mouvant (le casse-gueule
Open Closing se la ramasse bien, générique idéal pour une fin d'émission télé animalière).
Loin d'être cependant insconsistants, ils résonnent comme autant de contrepoids à cette inertie palpable qui semble avoir habitée chacun des moments de leur gestations . De fait la dramaturgie générale s'en retrouve renforcée au même titre, étrangement, que le liant et la dynamique d'un concept - la mise en musique d'instants volés à l'ordinaire - qui aurait pu souffrir autrement de n'être qu'un assemblage plat et incohérent d'orchestrations, fussent-elles toutes à propos.
Si quelques références sont à mettre en avant -
Alif Tree pour le volet sombre et allégorique des compositions,
Craig Armstrong pour l'utilisation des nappes de cordes élégiaques - elles sont loin de permettre une meilleure appréhension du travail réalisé.
Au-delà de ces comparaisons,
Taciturn songs apparaît, au fil des écoutes, en autarcie . Comme né d'une mécanique qui s'autosuffirait. Mais attention, sans jamais sombrer dans la suffisance. Une oeuvre indépendante et modeste en somme.