En octobre 2003,
Sigur Rós et
Radiohead participent ensemble au projet de danse contemporaine Split Sides ; pendant que les musiciens jouent, les danseurs de Merce Cunningham improvisent leurs mouvements. Les trois morceaux joués par Sigur Rós furent intégrés à l'EP
Music For Split Sides qui parut en mars 2004. Un titre n’a rarement autant parlé qu’ici. A cela, les Islandais ont ajouté un sous-titre qu’il est bon de relever : 20 minutes Of New Music. Véritable programme, imposant défi, ambition démesurée peut-être. À celui-ci s’ajoute le nom
Ba Ba Ti Ki Di Do, possible traduction en volenska - la langue de
Sigur Rós – d’on ne sait quoi. Mais aussi seules syllabes audibles prononcées durant ces vingt minutes, et nom successif des trois mouvements de l’enregistrement.
Ba Ba Ti Ki Di Do, jeu sur la répétition d’une boucle minimale, respiration courte et hachée, mais aussi perte de sens. Pourtant, ce que livre ici la bande à Birgisson fait plus que sens dans leur discographie. Manifeste éphémère, cet EP ne propose pas 3 titres distincts mais bien 3 mouvements d’un seul et grand tout. Retour sur une esthétique post-rock avec laquelle
Sigur Ros a, nous le savions, quelques accointances. Un post-rock plus loin que jamais du rock, de ses guitares et de son héritage. Nous flirtons davantage avec la musique répétitive d’un
Steve Reich, perpétuelle réflexion sur elle-même, crispation sur le thème. Version électronique, bien sûr.
Les seules voix qui se font entendre sont une distorsion des samples de celle de Merce Cunningham faisant répéter ses danseurs. De mots en onomatopées, passés au crible de l’informatique et de l’électronique :
Sigur Rós déshumanise le chant. Rien à voir avec le lyrisme habituel de Birgisson. Boucles répétées à l’infini, cliquetis en tout genre, instruments créés sur mesure pour l’occasion, avec des chaussons de danse par exemple, le génie et le folklore des Islandais sont au rendez-vous.
Music For Split Sides n’est pas une introduction possible à
Sigur Rós, mais au contraire, une confirmation.