Jimmy LaValle, aka
The Album Leaf, avait un sacré pari à relever : confirmer tout le bien que l’on pensait de lui et égaler – au moins – l’excellent
In a Safe Place. Et en solo ce coup-ci, puisque la seule collaboration est signée Paul Jenkins, qui a co-écrit deux textes et prête sa voix sur
Wherever I Go. Pari tenu ?
Une première écoute de l’album, même rapide, nous dit beaucoup de ce qu’est
Into the Blue Again : la lecture en est facile et la patte de LaValle reconnaissable entre toutes. En d’autres termes, nous n’apprenons pas grand chose. LaValle n’a semble-t-il pas pris beaucoup de risque et a décliné sur dix nouveaux titres ce qu’il avait rapporté d’Islande, deux ans auparavant. Nous sommes donc contraints de juger l’album à l’aune du précédent. Exercice de lecture comparée en somme.
Et dans le détail, cela ne trompe pas. Son retour dans le grand bleu n’est qu’une poursuite de cet endroit sûr et tranquille qu’il avait découvert.
Into the Light est un tout petit
Twenty Two Fourteen, quand
Always For You n’est qu’une resucée d’
On Your Way. Le titre
Into the Sea semble même une pâle copie de
The Outer Banks pour lequel la collaboration de Gyda Valtysdottirde (
Múm) fut indéniablement bénéfique. Heureusement, l’apparition des cordes nous sauve –
in extremis – de l’ennui.
Et ce sentiment général perdure écoute après écoute. Si l’opus n’est pas mauvais, l’ensemble est un appauvrissement général de ce à quoi il nous avait habitué. Les mélodies sont grossièrement les mêmes, l’instrumentation en tout point semblable, manque seulement ces petites touches habiles et futées qui faisaient toute la force d’
In a Safe Place.
Cela vaut également pour la voix : Jimmy LaValle s’est longtemps refusé à faire entendre la sienne. Seuls les Islandais avaient réussi à le désinhiber sur quelques titres du précédent opus. Qui plus est, sa voix était alors confinée au murmure ou aux "backing vocals" et cela lui allait indéniablement très bien. On aurait préféré ici qu’il retrouve cette candeur, cette timidité, et qu’il ne se risque pas à assumer un rôle de première voix. C’était loin d’être indispensable.
Enfin, il serait juste d’admettre que produire coup sur coup deux véritables perles est chose rare. Et qu’après un petit coup de génie comme
In a Safe Place, le talent peut se reposer. L’idée sourd tout de même que Jimmy LaValle brille davantage en bonne compagnie que lâché seul, dans un grand bleu peut-être trop grand pour lui.