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Florilège musicopathe

: #16 : Couleurs d'automne



À défaut d’un contenu copieux et détaillé sur une actualité musicale 2019 décidément surprenante, voici une compilation qui recense mes coups de cœurs musicaux de ces derniers mois afin de fournir à nos lecteurs toujours plus de bon son...

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Josephine Wiggs – We Fall (The Sound of Sinners)

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Josephine Wiggs, que l’on connaît plus comme bassiste du groupe légendaire des années 90 The Breeders, est également violoncelliste, pianiste et compositrice (à ses heures perdues). Son premier album solo We Fall nous donne une idée du talent créatif de la quinqua cool aux cheveux en bataille. Bien loin de ses collaborations indie rock (The Breeders avec les sœurs Deal, Honey Tongue et Josephine Wiggs Experience avec Jon Mattock de Spacemen 3), son univers obscur et mélancolique se laisse tranquillement écouter, notamment sur la chanson titre, où sa voix douce et fragile ne sert qu’à mettre en valeur les 4 cordes métalliques et 88 touches noires et blanches dansant une valse funèbre au son d’un violon triste. Essentiellement instrumental et acoustique, l’opus se déroule telle la musique d’un film noir ; ce qui n’est pas une surprise, Wiggs étant une adepte du genre. Avec des titres comme The Weeping of the Rain ou encore The Soft Stars That Shine nous rappelant le minimalisme d’un Brian Eno, We Fall est une belle carte de visite d’une artiste expérimentée qui connaît ses gammes et les met au profit de la beauté du son via dix titres finement élaborés.

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Devendra Banhart - Ma (Nonesuch Records)

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Toujours plus doux et apaisé, sa carrière (et son âge) avançant, l’artiste folk Devendra Banhart propose dans Ma un retour à une musique plus nourricière, plus maternelle. Outre le single Kantori Ongaku (“Musique Country” en japonais), dont le clip sied autant aux yeux qu’aux oreilles, le reste de l’album est principalement folk-acoustique, laissant apparaître la voix chaude du chanteur dans des compositions épurées. On peut citer comme exemple l’intro au violon en pizzicato Is This Nice ? digne d’un Andrew Bird ou encore le morceau Taking a Page. L’artiste revient également à plus de chant en espagnol, sa langue natale (Carolina, Abre Las Manos, October 12, My Boyfriend’s in the Band). Peut-être le moyen pour lui de renouer avec son pays d’origine, le Venezuela, touché par des heurts politiques et sociaux depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro. En consolation, petite cerise sur le gâteau : le titre final Will I See You Tonight ? en duo avec l’artiste anglaise Vashti Bunyan qui abreuve nos oreilles de douceur. Et quoi de mieux qu’inviter l’une des matriarches de la musique folk sur cette album hommages à toutes les mères du monde ?

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Floating Points – Crush (Ninja Tune)

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Après un teasing à n’en plus finir, le second long format de Floating Points s’aligne bien avec ses prédécesseurs. Sam Shepherd nous avait déjà enchanté avec son EP Reflection/Mojave Desert, aux sonorités psyché rock. Est ensuite paru le titre fleuve Ratio, dont le format semble approprié pour un défilé de mode mais qui déjà se défaisait des guitares amplifiées. C’est donc dans cette vague « orchestral house-isante » que le mancunien livre ce Crush en cette fin d’année 2019. Et l’attente en valait le coup. C’est une véritable explosion de sonorités que nous a concocté le DJ et producteur anglais, entre l’opener Falaise (à nouveau un titre en français) et le beat tout en breaks et en nappes d’Anasickmodular nous rappelant le Basefree des écossais de Boards of Canada. Le titre porte d’ailleurs bien sa pâte avec des beats et des sons déjà connus des aficionados, notamment utilisés sur le précédent album, le très beau Elaenia. Résolument typé house (Bias, Les Alpx), bien qu’ayant quelques passages plus apaisés (Sea-Watch), cet album présente encore une nouvelle facette de l’artiste. La qualité des compositions et la finesse des arrangements, dans la lignée d’un ACTRESS, s’inscrivent pleinement dans la vague IDM telle qu’on peut la concevoir en 2019.

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Biche – La Nuit des Perséides (Banquise Records)

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Alimentant son projet de « french pop jazzy électronique et psyché rétro 60s » depuis quelques années déjà, Alexis Fugain et sa bande de Bambi dandys sortent enfin leur premier album intitulé La nuit des perséides. S’éloignant un peu de leur première tentative « Tame Impala-esque » avec le single La nébuleuse de Sienne, les cinq jeunes hommes prennent désormais exemple sur leurs aînés français Julien Gasc et Forever Pavot (entre autres) et dépeignent dans la langue de Molière leur goût pour le Brésil des années 60 (Astrud, en hommage à Astrud Gilberto), la science (Le Laboratoire) ou encore l’astronomie (Kepler, Kepler). On retrouve quand même cette folie psychédélique tout en retenue sur le titre Fugue. Prenant leur temps pour construire leur univers (Alexis Fugain a débuté le projet en 2012), aucun doute que la bande branchée et décontractée saura où mener ses élucubrations à l'avenir.

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Brockhampton– GINGER (Question Everything)

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Le collectif de hip-hop prodige de ces dernières années a sorti cette année encore un nouvel opus (le 5ème en trois ans), bien plus équilibré que ses prédécesseurs. GINGER est sans doute l’album le plus complet en date de la bande de Kevin Abstract, usant de compositions mêlant sonorités acoustiques (NO HALO, SUGAR) à des prods traps (I BEEN BORN AGAIN). Un bon moyen de concilier les goûts des amateurs de hip-hop old school avec ceux de la nouvelle génération. Et ça fonctionne plutôt pas mal. GINGER est un témoignage plein d’émotion d’une bande de gaillards témoignant du quotidien et des questions des jeunes de leur génération comme la violence, la famille, la sexualité ou la religion. Entre mélodies accrocheuses (GINGER, BOY BYE) et balades mélancoliques (BIG BOY, DEARLY DEPARTED), les texans confirment leur statut de jeunes pousses prometteuses. À quand le sixième opus ?

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Amon Tobin – Fear in a Handful of Dust (No Mark Records)

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Ayant consacré les dernières années à réaliser diverses collaborations (remixes, musiques de films…) et à étoffer son second projet Two Fingers, le brésilien d’origine a quitté Londres et par la même occasion son label historique Ninja Tune pour s’installer à Los Angeles et fonder son propre label No Mark Records. Fear in a Handful of Dust s’inscrit ainsi dans la continuité d’ISAM, son précédent album et dernier en tant que ninja. On y entend toujours des mélodies cristallines se mélangeant à des bips et des glitchs sertissant de grosses basses aux fréquences saturées (On a Hilltop Sat the Moon, Three Different Hat SIzes). Mais là où l’album se démarque, c’est dans cette couleur organique, presque orchestrale que prennent les compositions. En témoigne le très beau Vipers Follow You, dont le finger picking improbable installe une ambiance lugubre bien que chaude, assez perturbante pour les pavillons des auditeurs non-initiés. Certainement plus apaisé que son prédécesseur, Fear in a Handful of Dust comporte tout de même de belles curiosités comme le titre Fooling Alright, dont le clip malaisant retranscrit bien l’humour particulier de l’artiste (il s’est déjà présenté sur les réseaux sociaux dans son bain en faisant un doigt d’honneur ou encore mort suite à un tir de pistolet dans la tête). Après plus de vingt ans à expérimenter autour des musiques électroniques, Amon Tobin perpétue avec ce nouvel album son exploration musicale obscure, sérieuse et décalée à la fois, mais surtout intemporelle. Certes avec moins de hargne et de violence qu’auparavant, mais la beauté des mélodies saura tout de même satisfaire les fans les plus exigeants.



par Jonathan
le 27/10/2019

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