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Florilège musicopathe

: #15 : Labyrinthe



Labyrinthe de nos errances musicales, voici un florilège de quelques écoutes mémorables pour remplir le range-disque des vacances estivales entre deux canicules...

Billy Woods & Kenny Segal - Hiding Places (Backwoodz Studioz)

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Quelques mots sur le seul album de Hip-Hop que j'aurais écouté cette année avec l'EP Respect to the Authors de Dälek et ses beats massifs aux atmosphères suffocantes. Le rappeur new yorkais basé à Brooklyn Billy Woods a déjà 6 albums à son compteur depuis Camouflage en 2003, il s'adjoint ici les services du DJ et producteur de Los Angeles Kenny Segal pour un résultat aussi efficace qu'accidenté, East Coast & West Coast à la fois. Hiding Places est dark, tortueux, électrique, granuleux et expérimental au sens quasi littéral du terme c'est-à-dire qu'il tente d'expérimenter un nouveau son en frottant le flow rugueux et old school de l'un aux beats déstructurés de l'autre. A l'image de sa pochette intriguante, Billy Woods et Kenny Segal semblent bâtir de la matière solide résolumment Hip-Hop à partir de ruines et de friches disparates. Un must.

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We Only Said - My Oversoul (Les Disques Normal)

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Autre pochette intriguante et quelque peu morbide (croquer le ver avant que celui-ci nous croque ?), autre œuvre sombre dans ses tonalités souvent en mineur mais ce nouvel album des rennais We Only Said n'en demeurre pas moins l'une des réussites éclatantes de l'année rayon rock français. La référence au titre I Only Said de My Bloody Valentine est toutefois trompeuse tant la musique du groupe de Florian Marzano respire et brille par sa clarté. Ce dernier aurait modifié sa configuration en ajoutant notamment quelques membres comme la violoncelliste de Mermonte. My Oversoul oscille entre une sorte de post-rock musculeux électrique autant qu'acoustique et un emocore mélancolique jamais plaintif aux arrangements sinueux et travaillés. We Only Said a bien raison de prendre son temps entre chaque album (4 ou 5 ans) si c'est pour nous en offrir de cette trempe.

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Rolling Blackouts Coastal Fever - Hope Downs (Sub Pop)

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Petit détour par l'année 2018 pour cette pépite pop-rock d'un quintet australien prometteur. On pense à Lou Reed voire Steve Wynn des Dream Syndicate pour ce chant velvetien sur les bords, on pense aussi à The Feelies pour ces rythmiques follement énervées emportant totalement l'adhésion. D'une pop solaire qui n'aurait pu rester qu'anecdotique, force est de constater que Rolling Blackouts Coastal Fever enchaîne sur ce premier cru des tubes indie-pop d'une pure évidence mélodique avec une facilité déconcertante. Hope Downs est ainsi à ranger aux côtés des disques de Real Estate et autres Beach Fossils. Soit dit en passant, le groupe est déjà signé sur le label Sub Pop ce qui est souvent gage de qualité. Cela laisse en tout cas rêveur pour la suite, d'ailleurs il y en a déjà une annonciatrice d'un nouvel opus aux guitares dégoulinantes : In The Capital.

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Cass McCombs - Tip of the Sphere (ANTI-)

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De songwriter plutôt confidentiel au départ, le californien Cass McCombs est devenu en quelques albums une valeur sûre d'un folk rock sensible et généreux teinté de pop luxuriante (sur son précédent album notamment, le somptueux Mangy Love en 2016), de blues et d'autres saveurs encore. Tip of the Sphere peut s'écouter comme un condensé du savoir-faire du compositeur en forme de road-trip, faisant le tour de ses talents multiples via de longs mantras psychédéliques, quelques pop songs parfaites ou encore certaines expérimentations étranges flirtant avec le spoken-words (McCombs étant également poète et ayant justemment annoncé la sortie du livre Toy Fabels pour l'automne prochain). Plus qu'un homme solitaire, c'est bel et bien une formation soudée que l'on entend avec lui plus que derrière lui, dévoilant ici une musique circulant tranquillement mais sûrement.

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Rafael Anton Irisarri - Solastalgia (Room40)

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Autre valeur sûre mais de l'ambient cette fois-ci, l'américain Rafael Anton Irisarri nous offre depuis plus de dix ans maintenant de grandes œuvres du genre, immersives, et quelque part climatologiques. Ce nouvel album rappelle un peu Kiri No Oto de Lawrence English (dont le label Room40 distribue l'album) dans sa manière de faire souffler le vent et de lui donner une musicalité proche du drone voire du shoegaze (Kevin Shields est d'ailleurs une influence revendiquée). Le terme Solastalgia est un néologisme du philosophe Glenn Albrecht décrivant notre "sentiment de détresse face aux changements climatiques et au désastre environnemental". Les compositions denses d'Irisarri font en effet écho à ce sentiment et à la question de l'anthropocène, provoquant des chocs thermiques d'une puissance remarquable. Solastalgia est terriblement d'actualité.

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The Humble Bee & Offthesky - All Other Voices Gone, Only Yours Remains (IIKKI)

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Le label IIKKI offre un dialogue entre artistes visuels et artistes musicaux à travers de belles éditions de "livres-albums" pouvant aussi être commandés séparément, et la dernière œuvre en date de leur catalogue vaut clairement le détour. On retrouve ici le sound designer Offthesky aka Jason Corder que je découvre mais aussi le discret Craig Tattersall (Hood et The Remote Viewer auteur en 2002 de l'électronique et indispensable Here I Go Again On My Own). Pas d'electronica ici, ou si peu, mais plutôt une ambient flottante dans la lignée du courant dit "hantologique" (Basinski, Philip Jeck) ou "musique des spectres" soit une musique du présent parasitée par le passé, ou l'inverse. L'album développe différentes strates de textures sensorielles et réserve des fulgurances d'une beauté insaisissable.

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Fire! Orchestra - Arrival (Rune Grammofon)

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Trio composé à la base du saxophoniste Mats Gustafsson, du bassiste Johan Berthling et du batteur Andreas Werlin, Fire! se transforme pour certaines occasions en Fire! Orchestra soit un collectif à géométrie variable invitant de nouveaux musiciens afin de générer des variantes à leur univers imprégné de free jazz. Si leur dernier album The Hands avait des résonnances quasi stoner rock, Arrival vient quant à lui flirter admirablement avec les couleurs de la soul et met en valeur un nouvel instrument que l'on avait pas encore l'habitude d'entendre chez eux : la voix. Il faut d'ailleurs remercier infiniment les chanteuses Sofia Jernberg et Mariam Wallentin, cette dernière nous offre notamment une sublime version du tube de Chic At Last I am Free. Ces voix et plus largement l'esprit de la soul qui les traverse apportent aux compositions du groupe une chaleur nouvelle.



par Romain
le 13/08/2019

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